Vingtras
historien,auteur-réalisateur de films
Abonné·e de Mediapart

2410 Billets

2 Éditions

Billet de blog 8 mai 2013

Vingtras
historien,auteur-réalisateur de films
Abonné·e de Mediapart

L'ambiguïté de Daniel Cordier

En écoutant ce matin Daniel Cordier dans la matinale de France Culture, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette fragilité de "l'histoire du temps présent" qui a été justement pointée par Lucien Febvre et Marc Bloch.

Vingtras
historien,auteur-réalisateur de films
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En écoutant ce matin Daniel Cordier dans la matinale de France Culture, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette fragilité de "l'histoire du temps présent" qui a été justement pointée par Lucien Febvre et Marc Bloch.

En effet, celui qui fût le secrétaire et l'ami de Jean Moulin (à qui il a consacré des milliers de pages*) va publier un ouvrage intitulé "De l'Histoire à l'histoire"** où il narre sa prise de conscience aux "Dossiers de l'écran" en 1977, sur la problématique de la Résistance par rapport à "la France libre" du général de Gaulle. Autrement dit, le conflit aigu qui a opposé en 1943, Jean Moulin et les trois chefs des mouvements de résistance, Henri Frenay, Emmanuel d'Astier de la Vigerie et Jean-Pierre Lévy.

Etant né en 1920, Daniel Cordier se trouve être l'un des derniers témoins de cette époque. Comme il est sympathique, personne ne peut mettre en doute sa bonne foi et sa sincérité (surtout lorsqu'il avoue avec des sanglots dans la voix son antisémitisme de jeunesse). Mais il prétend aussi faire oeuvre d'historien, avec sa maniaquerie de la chronologie des archives, en tranchant de manière subjective dans le grand débat sur le financement des groupes de Résistance et de l'Armée secrète.

Malgré la caution de Jean-Pierre Azéma, il n'est toujours pas évident aujourd'hui, de reconnaître le bien-fondé de la position de Jean Moulin dans cette affaire, position que défend bec et ongles Daniel Cordier qui stigmatise les chefs de la Résistance, et en particulier Henri Frenay. Le chef du mouvement Combat avait eu la maladresse, dans le débat des "Dossiers de l'écran", de dire à Cordier "qu'il n'était que l'intendance et qu'il ne connaissait pas bien l'enjeu de la discussion".

En effet, l'enjeu du conflit qui opposait Rex (Moulin) aux chefs des mouvements était la répartition de la manne financière qui leur était attribuée à Londres et qu'ils trouvaient notoirement insuffisante compte tenu du grossissement des effectifs des maquis, suite à la criminelle décision de la création du STO (service du travail obligatoire) par Pierre Laval.

J'ai d'ailleurs longuement exposé cela dans un téléfilm documentaire, intitulé "Henri Frenay, l'inventeur de la Résistance" que le service public devrait rediffuser, après "Alias Caracalla"***, pour respecter l'équilibre des points de vues.

En matière historique, on ne peut être juge et partie.

Jean A.Chérasse

* "Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon" / "Jean Moulin, la République des catacombes"

** Gallimard

*** biopic de Cordier (d'après son livre), bientôt diffusé par France 3

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte