L'hydre islamiste ?

A l'instar de Bernard de Clairvaux qui prêcha la 2e croisade à Vezelay au XIIe siècle, Emmanuel Macron a exhorté les Français, hier sous la pluie, dans la cour de la préfecture de police, à une action collective contre "l'hydre islamiste"...

...car il s'agit bien d'un monstre absolu, qui symbolise l'anéantissement et une ère de malheurs irrépressible !

Mais en utilisant l'adjectif "islamiste", le nouveau Saint-Bernard n'a-t-il pas jeté l'opprobre sur une religion officiellement autorisée, qui concerne des millions de Françaises et de Français ?

Il aurait pu qualifier cet hydre de "monstre intégriste" ou de "nouvelle barbarie"...ou bien le "complot de Daech  voire de "main noire de l'obscurantisme"...

Ne s'est-il pas jeté tête baissée dans une situation parfaitement contradictoire puisqu'il entretient des relations commerciales avec l'Arabie saoudite qui a sur son territoire les "lieux saints" de cette religion ?

Il y a donc en réalité une aporie républicaine dans cette stigmatisation du nouvel "hydre de Lerne" et Macron n'est pas Hercule.

Autant le pouvoir monarchique était consubstantiel de la religion (en l'occurrence le catholicisme), autant la démocratie républicaine doit s'en différencier en étant laïque car elle ne peut être tributaire d'une croyance qu'elle ne maîtrise pas !

C'est bien ce qu'avaient compris les Communeux en 1871 puisque le premier acte de la "belle équipe" de l'Hôtel-de-Ville a été de décréter la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Aujourd'hui où nous sommes en présence d'une vaste manipulation des religions, et notamment de l'Islam, par des bandes criminelles stipendiées et conditionnées dans la guerre inavouable et ignoble du capitalisme mondial, une gouvernance républicaine digne de ce nom, devrait prendre des mesures rigoureuses de sécurité publique plutôt que de prêcher une croisade qui risque d'accroître encore le fossé qui existe entre les Français musulmans et les autres.

A vrai dire, la solution existe, pour mieux vivre ensemble :

ni dieu ni maître !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.