Vent de paroles à propos de Pétain

Le tohu-bohu créé par "l'itinérance mémorielle" d'Emmanuel Macron montre à quel degré de confusion l'opinion publique en est arrivée dans la mesure où on aurait pu croire que le simple bon sens de tout un chacun permettrait de savoir distinguer l'histoire de la mémoire...

...et le Président aurait été mieux inspiré s'il n'avait pas ouvert la boite de Pandore de Vichy en se rappelant de ce que lui avait appris jadis son maître Paul Ricoeur : " Je suis troublé par l'inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire - et d'oubli. L'idée d'une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués."

Il était évident qu'en clôture de la commémoration du centenaire de la "grande guerre", l'évocation des chefs militaires était inévitable et parmi eux, la personne du Maréchal Pétain dont l'action à Verdun en 1916 est un fait historique, ne serait-ce que pour l'organisation de la défense de ce  verrou majeur sur la Meuse, avec cette "voie sacrée" qui a permis la jonction entre l'arrière et le front avec son ravitaillement au moment le plus intense de l'offensive du Kronprinz qui a fait cracher pendant huit mois des centaines de bouches à feu dans un déluge apocalyptique...

Or il se trouve que "le vainqueur de Verdun" * aura un destin politique  et qu'il sera, vingt-deux ans après l'armistice de 1918, propulsé à la tête de l'Etat français à l'issue d'une "étrange défaite", avec un régime autoritaire, voté par une majorité de parlementaires ayant appartenu au Front populaire, abolissant la République : le gouvernement de Vichy, qui reste selon la pertinente expression d'Henri Rousso "un passé qui ne passe pas".

Ce passé ne peut pas passer car il est d'autant plus honteux qu'il comporte la persécution des juifs et des minorités. Et puis son passif a été alourdi par les multiples exactions de la sinistre Milice, les rafles, les déportations ainsi que par un détestable climat de dénonciations suscité et entretenu à loisir. Tant et si bien que la mémoire nationale en reste imprégnée, et que cela durera encore longtemps tant que la vérité historique sur la problématique du pétainisme et de Vichy n'aura pas été établie avec certitude et enseignée dans les écoles !

C'est pourquoi Emmanuel Macron ne pouvait pas ne pas tomber dans ce piège mémoriel car il fait partie de l'élite bourgeoise qui assume depuis 1871, toutes les contradictions de son "honnêteté" et de sa "bien-pensance", après avoir provoqué et couvert le massacre des Communeux.

Mais revenons à Pétain. Pour sortir de cet imbroglio, il faut poser le problème en ces termes : la prise du pouvoir par Philippe Pétain en 1940 est-elle fortuite ou bien a-t-elle été organisée ?

En 1979 et 1980, j'avais modestement essayé d'instruire ce dossier historique, sur l'injonction d'Henri Guillemin. J'en montrerai des extraits** samedi 17 novembre prochain à l'Ecole Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm Paris Ve, salle Dussane, dans le cadre d'un Colloque sur Pétain.

Et je communiquerai à cette occasion, le témoignage du général aviateur Jauneaud, qui est accablant.

Après Bazaine, Pétain ?

* selon le terme consacré, mais mon grand-père paternel, qui fut capitaine d'artillerie au fort de Vaux, me disait : "le vainqueur de Verdun, c'est le poilu !"

** mon film "La prise du pouvoir par Philippe Pétain", toujours interdit de diffusion sur les chaînes publiques

 

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