Le grand leurre du 10 mai 1981

Ce fût pourtant un grand moment d'exaltation et d'enthousiasme, ponctué par la marche tranquille vers le Panthéon et les larmes de Mendès-France dans le salon d'honneur de l'Elysée...

...et, tandis que je m'installais aux côtés de Claude Manceron, qui m'avait demandé d'être son assistant, les hiérarques du parti socialiste prenaient en mains toutes les rênes du pouvoir politique.

Un pouvoir qui s'exercera sans doute pour le bien public et l'amélioration sensible des conditions sociales dans l'année qui a suivi l'élection présidentielle mais qui sera obligé de capituler face aux exigences des oligarchies et du capitalisme. Ainsi François Mitterrand vécut-il la même situation désolante que celle qui avait éprouvé le Front populaire de Léon Blum en 1937...

Autrement dit, que vaut la volonté réformiste d'un parti dit "socialiste" vis à vis du mur de l'argent et de l'iniquité de la condition du travail ?

Tiraillé entre le jacobinisme souverainiste du CERES de Jean-Pierre Chevènement et le girondisme gestionnaire de Gaston Defferre, l'improbable synthèse politique du PS a obstrué le désir de "changer la vie" et a rejeté aux oubliettes toute résilience révolutionnaire.

Ainsi François Mitterrand (qui régnera autant que Napoléon 1er) ne pourra faire mieux que ses prédécesseurs en étant par ailleurs tributaire d'un carcan européen dominé par les banques, sous la coupe stérilisante d'une bureaucratie tatillonne.

Quarante ans après cette "bascule à gauche" de la Ve République, devons-nous en conclure que le Président élu a trahi l'espoir et la confiance des Français ? Non car François Mitterrand n'a jamais été un "homme de gauche", même si son éloquence nous donnait l'impression qu'il était le digne successeur de Jaurès.

Il faut chercher la vérité ailleurs, dans la nature même de cette république bourgeoise qui n'est en réalité qu'une monarchie élective, une structure de gouvernance taillée sur mesure pour le général de Gaulle.

La démocratie française est donc une imposture, un leurre. Et tant que nous subirons ce harnachement politicien, nous resterons prisonniers de cette anomalie fondamentale. 

La vitrine politique française est un faux semblant.

Un pavé peut la briser !

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