Mémorable

Il y a deux-cent-vingt-cinq ans, le 10 août 1792, la France vivait l'un des grands événements de son histoire, la prise du château des Tuileries, siège du pouvoir monarchique, par un assaut des sans-culottes parisiens et marseillais, petits bourgeois, artisans et ouvriers, amalgamés dans une force civile armée, la garde nationale : ce jour aurait du être choisi pour célébrer notre fête nationale.

Mais voilà, aujourd'hui il marque le départ en vacances du gouvernement de la République, cette république qui n'existerait pourtant pas sans l'héroïsme et le sacrifice des sans-culottes du 10 août 1792...Amnésie.

D'ailleurs le choix du 14 juillet par la IIIe République (post-versaillaise) n'est pas fortuit. En prenant comme référence cette "fête de la fédération des provinces unies", organisée au Champ de Mars le 14 juillet 1790, les élites bourgeoises républicaines avaient opté pour le consensus et le compromis.

Oui au marquis de La Fayette sur son cheval blanc, exaltant la "fraternité" ; non aux "gros bras" armés de piques et de gourdins du brasseur Santerre, exigeant la "liberté" et revendiquant "l'égalité"...

Par ailleurs, célébrer le 14 juillet 1789, c'était célébrer la fin du symbole de l'absolutisme (la Bastille) ; mais choisir le 10 août, c'eût été choisir la destruction réelle du pouvoir monarchique, c'est à dire de l'Etat...

Un changement formel, apparent, de bon aloi ; un simple changement de statut pour une monarchie parlementaire dans un premier temps, puis pour une république conservatrice ultérieurement. 

L'hypocrisie bourgeoise est comme les espaces infinis de Pascal ; et elle sait veiller au grain...

J'ai déjà consacré plusieurs billets à "raconter" le 10 août 1792, on peut sans doute les trouver en archives. Mais si je me suis permis de venir rafraîchir les mémoires en ce 10 août 2017, c'est pour tirer la sonnette d'alarme de la réalité démocratique française.

En effet, notre république bourgeoise est en train de virer au Directoire sinon au Consulat. Sous le prétexte du modernisme, le nouveau pouvoir est en train de nous orienter vers la plus extrême régression sociale que nous ayons subie depuis l'Etat de Vichy (cf l'analyse implacable de Mediapart publiée à la une du journal)*.

Il est grand temps de réagir !

* "Trois mois de Macron"

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