Le dévoiement du syndicalisme réformiste

Cette année 2020 où l'on devrait commémorer le centenaire du Congrès de Tours qui a initié la division du mouvement ouvrier, le syndicalisme réformiste servira-t-il de catalyseur à la bourgeoisie pour qu'elle impose à la masse des travailleurs une réforme du système de retraite particulièrement inique ?

Car effectivement, tout ce qui nous préoccupe aujourd'hui part de là : en 1920 à Tours, l'opposition politique de gauche, rescapée de la boucherie de 14/18, se divisait en courants "révolutionnaire" et "réformiste", entraînant dans leurs sillages des syndicats n'ayant plus le même objectif essentiel : représenter les intérêts et les droits des travailleurs, sans aucune concession majeure aux classes dominantes.

On peut prendre conscience des effets de cette rupture fondamentale en lisant les mémoires de Marceau Pivert (un vrai socialiste révolutionnaire, fidèle à l'esprit de la Commune de Paris) qui analysant avec lucidité le parcours erroné de Léon Blum, a finalement entraîné la S.F.I.O. vers la recherche du compromis avec le patronat et les classes possédantes. Ainsi s'est incrustée dans la pensée et la pratique politique de gauche, un tropisme social-démocrate, qui a d'abord plombé le Front populaire de 1936, puis a conduit la S.F.I.O. à s'accommoder avec une véritable collaboration de classe.

Aujourd'hui où Jacques Delors et Michel Rocard notamment, ont pu développer et codifier cet état d'esprit, le mouvement syndical français qui n'a pas cessé de s'affaiblir depuis la Libération , reste divisé sur l'action sociale et en particulier sur le grave problème des retraites. La C.F.D.T. est favorable à un système de retraite par points mais bute sur la volonté du pouvoir d'instaurer une date-pivot de 64 ans ; quant à l'autre grande centrale syndicale, la C.G.T., elle rejette en bloc ce projet qu'elle considère comme étant inique et dangereux puisqu'il pourrait favoriser un système par capitalisation.

Mais on ne peut jouer avec la luttes des classes : la bourgeoisie ne fait jamais aucun cadeau et ne cède que si le rapport de force lui est tout à fait défavorable. Autrement dit, les compromis qu'elle consent ne sont que des miettes ou des faux-semblants !

Ce 11 janvier 2020, moyennant un tour de passe passe et une  bonne dose d'hypocrisie*, le pouvoir bourgeois est en train de suborner la C.F.D.T. qui devient ainsi le catalyseur d'une réforme honnie par des dizaines de milliers de grévistes et des centaines de milliers de manifestants :

Un Philippe peut cacher un Pyrrhus !

* le retrait provisoire de l'âge pivot

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