Les mains jointes

La fraternité des ronds points des Gilets jaunes fait irrésistiblement songer à la fraternité des remparts qui, en 1871, a permis au petit peuple parisien enrôlé dans la Garde nationale, de faire connaissance et de se retrouver, soir après soir, pour monter la garde aux portes de la capitale assiègée par l'armée prussienne après la reddition de Napoléon III à Sedan.

C'est ainsi que j'ai rendu hommage à la main jaune, arrachée par l'effet d'une grenade de Monsieur Castaner (billet qui n'a guère suscité de réactions alors qu'il constitue la plus belle métaphore politique de la révolte de la "France périphérique" contre la démocrature Macron).

Car le capital social produit par les rencontres des ronds points et l'accumulation des manifs et des blessures, est un acquit dont la potentialité révolutionnaire est loin d'être négligeable.

Répondant avec calcul et cynisme à cette "philosophie des mains jointes", c'est à dire à cette fraternité de lutte commune, le muscadin de l'Elysée en profite pour se produire dans des one man shows qui lui permettent d'occuper pendant des dizaines d'heures, tous les écrans des chaînes d'info continue, faisant ainsi d'une pierre deux coups : enfumer l'opinion publique avec un soi disant "grand débat" et tenter de bâillonner les gilets jaunes, et assurer sa propre campagne électorale dans la perspective des européennes et aussi probablement, de sa réélection.

Est-ce un match perdu d'avance ?

L'Histoire nous apprend que la fraternité peut être une arme de destruction massive des iniquités et des ignominies ; à preuve cette révolution pacifique du 18 mars 1871 où la population parisienne, incitée et activée par les femmes dans les quartiers modestes, a su désarmer la troupe de ligne que le pouvoir bourgeois avait envoyé pour récupérer les canons de la Garde nationale...

Alors si la démocrature actuelle n'a que le bouclier des CRS et des Gendarmes mobiles, elle ne pourra que s'effriter devant les mains jointes.

"La société française est-elle en train de basculer ? s'interroge Christophe Guilluy. Vivons-nous un bégaiement de l'histoire ? La France moisie et raciste rassemble-t-elle 3 Français sur 4 ?"

L'air du temps est jaune mais le fond de l'air est rouge.

el pueblo unido jamàs sera vencido !

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