Nauséabond

C'est l'adjectif qui caractérise le mieux ma perception de l'air du temps, qui est d'ailleurs plombé, du moins en Normandie, par une météo exécrable...

...comme si le plaisir de vivre était constamment remis en question par les vilenies d'une désolante actualité qui oscille entre la menace létale d'une pandémie qui n'en finit plus de se prolonger dans l'alphabet grec, et les turbulences économiques, financières et sociales d'un monde devenu totalement fou au point d'envisager le recours aux dictatures ou aux génocides.

Et tandis que l'on s'entre-déchire en paroles acerbes d'un continent à l'autre ou tandis que les fanatismes s'agitent frénétiquement pour terroriser les populations, la planète se dégrade sous les effets d'un pillage généralisé, qui va probablement la réduire peu à peu à l'état de décharge publique...

Dans ce contexte épouvantable qui marque le début de la troisième décennie du XXIe siècle, je comprends pourquoi les foules se rabattent sur les compétitions sportives où elles peuvent y trouver un substitut de vitalité, de chaleur humaine, donc de raisons d'exister.

Mais lorsque j'essaye d'évacuer de ma mémoire les traumatismes de ma jeunesse (le 14 juillet tragique de 1953* ou le massacre du métro Charonne le 8 février 1962) qui se sont transformés en cauchemars récurrents, je n'ai pas cette désagréable impression qui m'envahit aujourd'hui où je constate que tous nos rêves ont été détruits, tous nos espoirs ont été déçus, et toutes nos pensées falsifiées.

Et il n'y a plus d'îlot préservé, d'agora libertaire et roborative, même au Club des abonnés de Mediapart...

La république bourgeoise, telle que l'imaginait en 1871 Adolphe Thiers, est devenue une réalité intangible cent-cinquante ans après, et ce n'est pas la médiocre et univoque commémoration de la Commune de Paris qui a prouvé le contraire !

Désolé d'être aussi pessimiste, mais il vaut mieux avoir conscience de "la force des choses" que de se mettre la tête dans le sable en se résignant.

L'avenir serait-il donc Versaillais ?

* j'étais l'assistant de Robert Menegoz. Nous avons filmé la grande fusillade des Algériens par les "forces de l'ordre", place de la Nation...

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