Le Cardinal et Loiseau

Au sortir d'une guerre qui n'en finissait plus et pour propager ses idées sur ce que devraient être les nouveaux équilibres entre nations et royaumes, Richelieu commandait à un académicien Jean Desmarets de Saint-Sorlin, une pièce de théâtre intitulée "EUROPE" : cette "comédie héroïque", pur produit de la communication politique, a été représentée en 1642...

...elle préfigure, en alexandrins bien frappés, le rôle d'un jeune héros pacificateur et vertueux, Francion, pour le difficile accouchement d'une concorde des nations européennes enfin libérées de leur chauvinisme et de leur égoïsme : il s'agit bien entendu d'un homme qui incarne la France et qui pourrait ressembler à Emmanuel Macron. Ce jeune roi séduisant est le pivot de la pièce : viril, conquérant et protecteur, il finira par séduire Europe...

L'histoire bégaie une fois de plus et Nathalie Loiseau n'a qu'à s'inspirer du Cardinal Richelieu pour mener sa cohorte de fantassins à la victoire électorale aux prochaines élections européennes.

Mais l'histoire nous met aussi en garde contre les réactions viscérales des peuples. Car si les traités de Westphalie (1648) ont pu arrêter les ravages de cette guerre de Trente ans qui a été particulièrement meurtrière, ils ont donné naissance à un nouvel ordre international imposé, qui ne tient aucun compte de la réalité des besoins et des aspirations des populations concernées.

Ce nouvel ordre renonce certes aux formes de la politique des dynasties qui sont devenues désuètes (savoir choisir ses alliés même si les ennemis de mes ennemis sont mes amis, quels qu'ils soient) mais il s'en remet à la gouvernance d'une Commission non élue, plus ou moins contrôlée par un Parlement sans pouvoir législatif véritable.

Car depuis le XVIIe siècle, l'eau a coulé sous les ponts, et si la démocratie a bien gagné les pays d'Europe, "l'ordre westphalien" qui caractérisait à l'époque un désir de paix partagé, ne semble plus suffisant aujourd'hui pour justifier la constitution des "Etats-Unis" du vieux continent.

Par ailleurs, cette vie démocratique a été immédiatement confisquée par les classes dominantes et la bourgeoisie, tant et si bien que l'organisation européenne qui en est issue n'est guère porteuse des volontés et des souhaits populaires. 

C'est pourquoi, l'entité artificielle induite par le traité de Rome ne séduit plus personne car elle se résume à une bureaucratie technocratique ; mais elle est toujours à la recherche d'un dispositif protecteur, que pourraient lui proposer les oligarchies...

Alors, dans cette perspective nauséabonde, comment peut-on être européen ?

Il faut oublier l'Europe du fric et écouter les peuples.

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