L'odieuse tromperie

Le ciel gris était à l'unisson pour arroser ces "commémorations" épidermiques de l'armistice de 1918 qui se terminèrent hier soir en apothéose du boursouflé tonitruant par la diffusion ininterrompue des "Apocalypse" de Costelle sur la chaîne publique France 2.

Le seul moment de cette journée du 11 novembre 2018 qui était grave et digne fut le moment où toutes les cloches des villages de France sonnèrent à toute volée afin de faire écho à celles qui le 11/11 à 11 heures en 1918, apprenaient à la population française que son cauchemar venait de prendre fin.

Dans mon billet posté hier matin au moment où les cloches de mon village sonnaient, billet qui est tombé dans les oubliettes*, je me permettais de rapprocher le "soldat inconnu de l'Arc de Triomphe"** au "Fédéré inconnu de 1871", dessiné par Eloi Valat. Car si ces deux combattants sont bien des victimes de la guerre, il convient de rappeler que le premier a été sacrifié soi-disant "au nom de la patrie" mais il n'a en réalité été que "chair à canon" dans la mâchoire de fer du capitalisme, alors que le deuxième s'est battu jusqu'à la mort pour la liberté, la justice sociale et la fraternité universelle...

Sur les Femen, les cérémonies et le discours convenu de Macron, on ne fera pas mieux qu'Antoine Perraud dont la plume alerte, incisive et cultivée nous a proposé un compte-rendu brillant et exhaustif. J'ajouterai simplement les visions daumieresques de Trump, Merkel et Poutine, comme autant de figures de cire terrifiantes d'un musée des épouvantes !

Quant à ce dernier volet du travail titanesque des équipes dirigées par Costelle, on peut regretter que tous ces trésors qui dormaient dans les archives (et dont la plupart sont de véritables traces du passé, qui expriment une joie et une douceur de vivre bientôt broyées par cette grande faucheuse introduite en leitmotiv)  aient été aussi mal utilisés : la guerre n'est pas un spectacle, l'histoire ne peut être réduite à un block-bunster avec une bande sonore à effets systématiques, dont les grondements couvraient souvent la voix du commentaire.

Le tout dans un fatras d'images jetées sans aucune explication, avec l'espoir que le "choc des photos" sera susceptible de faire sentir "le poids des mots" chuchotés par Mathieu Kassovits. Ou bien, mais c'est peut-être inconscient, avec le souhait d'être incompréhensible car le roman national est la chasse réservée des élites...

Bref, l'opération "centenaire de la Grande Guerre" aura été, sous Hollande et sous Macron, le temps d'une grande tromperie car la république bourgeoise a trouvé là une diversion utile à ses turpitudes, et un moyen hypocrite de trouver un consensus provisoire utile à la résignation.

Respectons le repos de ceux qui ont été abusés !

* "La grande fédération des douleurs" (10 millions de morts)

** quel triomphe ? pourquoi ne pas le nommer "Arc de la Paix" ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.