"La fête à Henriette"

La veille du 14 juillet (par ailleurs jour de la Sainte-Camille) c'est la fête des Henri, un prénom qui a été largement attribué dans l'histoire et qui a fait l'objet en 1952, d'un film savoureux écrit par Henri Jeanson et mis en scène pas Julien Duvivier. Serais-ce une métaphore prospective ?

Deux scénaristes de talent, un optimiste et un pessimiste, s'efforcent d'imaginer la journée d'une midinette parisienne le jour de la fête nationale et ils racontent, chacun à leur manière, les tribulations de l'héroïne (incarnée par l'exquise Dany Robin)...

Julien Duvivier, que les cinéphiles méprisent à tort, réalise sur ce canevas évolutif, un film excellent, jubilatoire et porteur de l'identité française.*

Dans le désastre actuel, il nous rappelle ce retour des beaux jours qui a suivi la Libération de la France, la fin de la pénurie et l'atmosphère de gaieté fraternelle qui nous euphorisait à l'occasion de ces grandes retrouvailles nationales : le 14 juillet est la fête de l'unité républicaine à l'instar de cette "fête de la Fédération de 1790" qui fut un grand moment de la Révolution française...

On est ému par l'expression magnifique de cette joie populaire et on vibre d'émotion en pénétrant dans les bals musette de quartier. 

Ah que la démocratie était belle sous la Quatrième République, malgré son instabilité et son intolérable politique colonialiste !

Par ailleurs, Louis Seigner et Henri Crémieux, les deux auteurs qui échafaudent cette histoire devant nous et qui l'imaginent tantôt heureuse et tonique ou tantôt malheureuse voire tragique, nous montrent que le destin peut basculer d'une seconde à l'autre dans la mesure où il est contingent du désir populaire, et a contrario, si on impose artificiellement une règle à la collectivité.

Aujourd'hui, si on imaginait "une fête à Marianne" , ne pourrait-on pas espérer une révolte de la France prolétarienne contre cette Ve République des nantis, qui l'asphyxie et la méprise avec sa démacronture ?

Eva Joly avait raison de dire que la fête nationale était avant tout une fête civile...

Elle ne doit célébrer qu'un culte, celui du bien public.**

* comme le fût "La belle équipe" en 1936, avec Jean Gabin

** en ne tombant pas dans le dolorisme éphémère et la récupération démagogique de l'exaltation des "soignants"

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