Focus de l'hypocrisie

Le panurgisme médiatique nous entraîne, chaque matin, dans son aventure incertaine en focalisant une affaire inadmissible ou un scandale jetés en pâture sur la place publique afin de coller quelques rustines à une morale mondiale passablement écornée depuis la nuit des temps par les vilenies et les horreurs...

Ce tocsin médiatique a quelque raison de sonner lorsqu'il s'agit des rodomontades de l'autocrate irascible de Corée du Nord ou des anathèmes proférés par le fous furieux de Daech, mais il devrait pouvoir trouver sa juste mesure lorsque la situation reste à l'échelle humaine.

En effet, comment justifier cet embrasement littéral de la presse concernant un producteur de cinéma américain qui aurait harcelé, abusé ou violé des dizaines d'actrices ou de comédiennes ?

Tout d'abord, comment peut-on s'en étonner dans la mesure où tout ce qui a été "révélé" a toujours été bien connu non seulement des milieux du spectacle mais aussi de l'opinion publique ; d'ailleurs le cinéma lui-même y a fait largement écho...

Ensuite, comment ne pas comprendre que les rapports homme/femme sont placés là dans une situation originale, extraordinaire, au sein d'un univers du spectacle où le phénomène de la séduction joue un rôle central et déterminant.

On pourra toujours objecter que la vie professionnelle devrait exclure tout désir ou tout sentiment personnels, mais chacun sait - et les actrices mieux que quiconque - que nous ne sommes pas (encore) des robots, et que l'attirance d'un sexe pour l'autre est une loi intangible de la nature.

Il y a bien sûr, les codes de la bonne société pour créer un climat de tolérance ainsi que les règles élémentaires du "vivre ensemble". Il n'est pas vraiment difficile de s'y plier lorsque notre éducation nous y a préparés.

En réalité,"l'affaire Weinstein" et ses débordements (publicitaires ?) est une immense bulle d'hypocrisie.

Sans doute l'arbre qui cache la forêt du trumpisme : notamment le désengagement américain de l'UNESCO.

NB/ ayant fréquenté les milieux du cinéma dans les années 50, 60 et 70, je pourrais citer de nombreux cas de "débordements" des rapports homme/femme dans cette activité professionnelle...

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