Prospective ou billevesées ?

En 1965, l'ORTF m'avait demandé de produire (avec Jean-Michel Royer) une série d'émissions inspirées par les "Futuribles" de Bertrand de Jouvenel afin de sensibiliser l'opinion publique à la planification : ce fût "la France dans vingt ans" qui envisageait tous les secteurs de l'activité humaine, dont le résultat constaté en 1985, fût bien décevant...

...c'est ainsi que nous pûmes apprécier la fiabilité de la prospective, cette science de la prévision qui avait pourtant été nourrie par les calculs les plus sophistiqués ainsi que par l'imaginaire enfiévré de quelques sommités des élites de la société bourgeoise.

Le résultat médiocre de cette opération a été d'autant plus navrant que nous avions fait appel pour cette série à d'éminents réalisateurs, de Jean Herman à Jean-Luc Godard*

Mais dans un brillant prologue, Emmanuel d'Astier et Jean-Marie Domenach avaient averti le public que l'on ne pouvait pas faire totalement confiance aux prévisions chiffrées car elles étaient presque toujours corrigées voire démenties par la réalité...

Aujourd'hui où Emmanuel Macron vient d'annoncer un projet fort ambitieux d'investissement massif pour créer la France en 2050, que vaut son évaluation prospective dans un monde qui est terriblement menacé par la dégradation climatique et aussi par l'aventure incertaine du capitalisme ?

Certes, le Président a bien raison de se projeter dans l'avenir, mais il aurait dû prendre cette attitude au début de son quinquennat afin de pouvoir définir avec clarté l'objectif de la politique qu'il comptait mener ainsi que la finalité de son "ambition pour la France".

A la fin de ce règne désolant qui s'achève vaille que vaille avec une gueule de bois consécutive aux effets d'une pandémie plus ou moins maîtrisée, on a vraiment l'impression que le héraut des classes dominantes ne sait plus à quel saint se vouer : il jette à la volée des milliards d'euros à l'instar de la "semeuse" de Millet sur les timbres-poste des années 1900.

Il devrait savoir que le bon algorithme s'enracine dans la démocratie.

Mais la Ve République en est-elle encore une ?

Jean A.Chérasse

* Carlos Vilardebo, Michel Drach, Serge Friedman, Jean-Pierre Spiero, Pierre Kast, Chris Marker

Nb/ J'informe mes lecteurs que mon compte facebook (jugé sans doute trop virulent) vient d'être supprimé !

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