Fraternité sporadique

Le troisième mot de la triade républicaine est généralement oublié ou passé sous silence par la bien-pensance bourgeoise qui lui consacre néanmoins des commémorations ponctuelles, dans ce faux-semblant du vivre-ensemble qu'est en réalité le quotidien de notre société démocratique. La fraternité serait-elle toujours celle du malheur ?

Il faudra donc toujours des fractures brutales dans l'actualité, que ce soient les attentats terroristes ou les catastrophes naturelles, pour qu'apparaissent, spontanément, les manifestations de la fraternité humaine.

Ainsi assistons-nous, mais seulement après des chocs émotionnels, à des mouvements spontanés qui s'expriment par des défilés silencieux, des marches blanches, des regroupements dans des lieux symboliques, la déposition de bougies ou d'ex-votos fervents, des graffitis naïfs et souvent bouleversants...et, ce fut le cas le jour de la manif Charlie, par une accolade de fraternisation avec un flic en uniforme !

Et pourtant, hélas, notre présent est habituellement chargé de malheurs, d'injustices, de douleurs et d'inquiètudes qui ne provoquent guère de réaction collective, à moins qu'elles ne soient provoquées artificiellement par des campagnes de communication voire de propagande.

Et pourtant le chômage et la pauvreté sont des fléaux qui nous accablent ainsi que le long cortège désespérant des oubliés, des déshérités, des bannis de la société qui vont rejoindre le flot des épaves de l'histoire, tous ces réfugiés qui fuient les massacres et la famine.

Est-ce à remarquer que le régime républicain a démissionné devant la valeur suprême qui est sanctifiée par le néolibéralisme : le chacun pour soi, la loi de la jungle ?

Est-ce à conclure que la triade qui est notre devise, n'est plus là que comme un oripeau obsolète ou un élément du décor vintage légué par nos ancêtres ?

Et que l'on peut se contenter de commémorer les grands moments de compassion populaire par l'inauguration de plaques sur les immeubles ?

La France du XXIe siècle est devenue une mosaïque de communautarismes et un champ de tir pour la lutte des classes, exacerbée par les soubresauts du néolibéralisme sauvage, qui déborde toutes les institutions de régulation et ravage la planète.

En 1871, la perspective d'avoir à subir un nouveau siège de Paris, mais cette fois-ci par une armée française, avait provoqué l'éruption d'un mouvement révolutionnaire communaliste, dont la finalité fut la renaissance de la fraternité par la réactualisation de la triade républicaine.

Allons-nous assister aujourd'hui, impuissants, à la terrifiante et définitive victoire du repli sur soi et au triomphe de l'égoïsme ?

Le trumping annonce la destruction de tout humanisme : il faut le stigmatiser !

Le goût de la fête n'exclut pas le goût des autres.

Fraternité oblige.

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