Apocalypse D.C.

Ce 1999e billet devrait marquer la fin d'une polémique amorcée il y a dix ans par l'un des premiers billets de ce blog Vingtras où je stigmatisais la naissance de cette série baptisée "Apocalypse" qui me paraissait être une manipulation de l'histoire réduite à l'état de spectacle avec des archives colorisées et bruitées servant de support à un commentaire "bien-pensant"...

...D.C., c'est à dire Daniel Costelle, le concepteur et le réalisateur de cette série, qui est un grand professionnel de l'audiovisuel.

Je le connais depuis l'ORTF où il avait dirigé avec brio la collection des "Grandes batailles" (émissions de Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne), nous nous étions croisés à l'INA où il m'avait succédé, et puis je l'ai retrouvé à la fin des années 2000, dans un village proche de celui où j'habite ; nous avons profité de ce voisinage pour nous fréquenter...Mais rien ne laissait prévoir qu'il aurait le culot de mettre à profit le dispositif que j'avais créé avec l'ONG MAP-TV sur la coordination des archives européennes audiovisuelles et sur la mise en place d'un nouveau système de co-production, pour venir proposer à la télévision publique une nouvelle lecture des deux guerres mondiales !

Altérant voire dévoyant les documents d'archives par la colorisation électronique et un bruitage hollywoodien, Costelle a délibérément choisi un parti pris "grand public" et commercial afin de proposer une soupe historique à la Paris-Match ("le poids des mots, le choc des photos").

Il a en réalité, mis en scène le passé avec les images des autres, prétendant devenir ainsi le "Cecil B. De Mille de notre histoire contemporaine" : sans doute la réalisation d'un vieux rêve d'enfant qu'il n'avait pu mener à bien en s'orientant vers la fiction...

Arrivant à point nommé à une époque où la télévision était systématiquement en recherche d'audience sous la pression des annonceurs publicitaires, il a parfaitement compris que le public était surtout gourmand de spectacle et de récit romanesque. Il a donc laissé la frivolité narrative à Stéphane Bern et s'est réservé le spectacle.

Et il a réussi à faire irrésistiblement grimper les records d'audience avec ces téléfilms documentaires programmés en prime time et lancés à grand renfort de publicité pour 39/45 d'abord, puis dans le cadre du centenaire de 14/18. Avec les six émissions intitulées "la guerre des mondes" où il s'efforce d'évoquer l'horloge de la terreur nucléaire, il vient de perdre une partie de l'audience qu'il avait acquise sans doute par la surabondance des effets techniques et probablement aussi parce qu'il n'a pas réussi (dans la dernière partie qui va jusqu'en 1991) à maîtriser son sujet.

Mais ce qui est particulièrement odieux dans ce dernier avatar, c'est l'affirmation péremptoire d'un maccarthysme arrogant et d'un anti-communisme virulent qui discréditent le propos et entachent le récit : comme si Costelle s'était mis au service de Jean-Paul David et de son officine "Paix et liberté" !...

Je ne récuse pas l'histoire-spectacle mais ce qui me paraît affligeant, c'est l'absence totale de réflexion, de critique voire de doute, dans un corpus historien essentiellement basé sur des images officielles et, le plus souvent, sur des documents de propagande.

En définitive, compte tenu de l'extraordinaire moisson d'archives inédites du monde entier (bravo les documentalistes !) et de la qualité du montage affiné et parfaitement rythmé, je ne peux que déplorer le gâchis culturel de cette entreprise.

En tout cas l'histoire en sort bafouée et la télévision reste mystificatrice.

Jean A.Chérasse

 

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