La meilleure façon de marcher

Je dédie ce billet à notre amie Ceinna Coll qui, samedi après samedi, arpente les rues de la colère jaune et nous propose, dimanche matin, un récit de cette marche collective des gilets en quête de soleil...

... lorsque les historiens analyseront le quinquennat d'Emmanuel Macron, dans quelques années, ils seront confrontés à l'examen heuristique de ce mouvement populaire à nul autre pareil, à cette fronde de la "France périphérique" quasiment impossible à définir, dont le cinéaste-député François Ruffin vient de nous inviter à la connaître et à l'aimer, avec son film bouleversant "J'veux du soleil".

Car depuis le 17 novembre 2018, a émergé cette "grande fédération des douleurs", récurrente de l'histoire de France.

Ce 17 novembre 2018, alors que les amis d'Henri Guillemin étaient réunis à l'ENS de la rue d'Ulm pour exorciser le fantôme du Maréchal Pétain, la colère des exclus de la société se manifestait soudain sur les ronds points qui jalonnent les entrées ou les sorties des agglomérations françaises, comme si notre pays régurgitait soudain un passé d'injustices sociales trop difficile à digérer...

Cette vomissure était un signal d'alarme que le pouvoir bourgeois a feint de ne pas comprendre car il se savait incapable d'y répondre sans devoir toucher aux équilibres iniques de la société des "honnêtes gens" : il n'y a pas de lutte des classes, il y a ceux qui travaillent et se contentent de ce qu'on leur octroie, et tous les autres... les feignants !

La réponse qui fut apportée s'est trouvée dans "le prince" de Machiavel : ils veulent blablater, geindre et gueuler...qu'à cela ne tienne, on va leur organiser une grande jactance, comme en 1788, dans le cadre des paroisses... municipales.

Et le roi, qui tombera la veste pour l'occasion, leur répondra avec bonhomie et compétence, en toute simplicité...

Ce fut donc le barnum du "grand débat" retransmis intégralement sur toutes les chaînes d'info, ce qui a permis par ailleurs au pharaon ToutânMhacron d'assurer la campagne électorale de son camp, aux frais de l'Etat et en dehors des règles du CSA, pour les élections européennes. Il n'y a pas de petit profit...

Mais faire une "consultation nationale" en allant interroger "la France d'en haut" (ou bien la cohorte des enfumés), ne pouvait donner que des points favorables au pouvoir en place : aussi la "restitution" technocratique des questionnaires, courbes et camemberts colorés à l'appui, est la plus belle imposture de communication de la République bourgeoise.

Les "marcheurs" macroniens peuvent savourer leur domination de classe et profiter de leurs privilèges...mais qu'ils prennent garde !...car

...ceux qui marchent vraiment pour la démocratie, ce sont ceux qui luttent !

 

 

 

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