Quand l'Elysée se moque de la charité...

A l'instar de cette expression "l'hôpital se moque de la charité" qui voulait dire que "celui qui se moque pouvait être lui-même objet de raillerie", le sémillant Jupiter a prononcé hier au Musée de l'Homme, son grand discours sur l'éradication de la pauvreté, qui est en réalité l'expression de sa volonté de déconstruction sociale...

...car il ne faut pas s'y tromper, même si la jactance présidentielle était fortement marquée par des accents de compassion et de sincérité, ce grand discours au look rocardien, est la profession de foi de la technocratie bourgeoise qui semble ignorer la lutte des classes*.

En prenant le pari du long terme, c'est à dire en privilégiant tout ce qui concerne la petite enfance, les promesses devenant virtuelles échappent désormais à cette obligation de résultats, qui conditionnera le jugement drastique du bien-fondé de sa politique.

Reliant cette manne ( ah ces repas à 1 euro dans les cantines scolaires ! ) à l'esprit général des réformes entreprises depuis un an, Jupiter a su habilement dialectiser son point de vue en faisant apparaître la convergence problématique de sa gouvernance : insister sur la fatalité du destin, c'est à dire pointer cette épée de Damoclès sociétale, qui fige les classes sociales.

Et de prétendre vouloir supprimer cette fracture en octroyant les moyens d'une promotion sociale !

Nous voilà revenus aux beaux temps de la Charte constitutionnelle octroyée par Louis XVIII à ses bons sujets !

Auguste Comte, réveille toi ! Tu as désormais un nouveau disciple sous ta bannière frappée de l'inscription "Ordre et progrès" ...

Pourtant le progrès technique n'est pas forcément social ni un moteur d'un mieux vivre, ce "nouveau destin" risque bien de n'être qu'un véritable retour en arrière, ignorant l'essentiel à savoir ce qui est propre à l'humain...

On peut évidemment remplacer la charité par la solidarité, c'est à dire l'altruisme religieux par l'assistance sociale laïque, mais on ne pourra jamais éradiquer le désir d'émancipation humaine qui conduit à l'égalité et à la fraternité. C'est à dire à sa dignité.

"Innovation" ou "modernité" ne sont pas des synonymes de "progrès" écrit Evelyne Pieillier dans Le Monde diplo.

Le progrès n'a de sens que concrètement émancipateur. Progrès de quoi, pour qui ?

La bouteille à la mer de la Commune porte ce message, qui est immortel.

* celle qui a succédé au Thiers-Etat de 1871

 

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