Les corbeaux du Net

Depuis les journées noires de l'Occupation où la délation fut un véritable sport national, comme le révèlent les archives de Vichy, notre pays n'avait pas connu de situation aussi épouvantable que celle que nous proposent aujourd'hui "les réseaux sociaux"...

...à l'instar de celle, effroyable, que connut Paris au temps des cerises écrabouillées par la soldatesque versaillaise où "les honnêtes gens" pointaient du doigt les Fédérés communeux afin que les flics d'Adolphe Thiers les arrête et les fusille. Ce fut en particulier le cas de mon arrière grande tante Victoire Tinayre (née Guerrier) dont le mari, dénoncé par le concierge de leur immeuble, fut appréhendé et immédiatement mis à mort.

Le syndrome du corbeau, qui a fait l'objet du remarquable film de Clouzot, apparaît dans les périodes troublées au cours desquelles la cohésion nationale est remise en cause et il génère un lot toxique de calomnies et de rumeurs, qui induit une décomposition sociétale. Tous les coups sont permis, même les plus bas, si l'on veut atteindre la plus large audience.

C'est pourquoi ces "snipers" du bobard ou du mensonge, sont redoutables ; et ils le sont d'autant plus qu'ils disposent aujourd'hui, grâce au web, d'une arme de diffusion massive, qui peut faire des dégâts quasiment illimités.

Car toute vie privée n'existe plus et l'infamie des images volées ou fabriquées ne connaît aucune limitation !

Le corbeau est l'agent cancéreux de la société dont il détruit l'esprit civique, la morale collective et l'aspiration démocratique. Il est de la même nature que les racismes ou la xénophobie.

On se demande comment peuvent arriver les lynchages et les pogroms : ils sont le résultat des maléfices jetés par les corbeaux.

Car la dénonciation peut cacher la délation ...

"L'azur, l'azur, l'azur"

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