Les nouveaux Versaillais

Alors que la majorité présidentielle sortie des urnes en 2012 se délite de plus en plus, le parti des "honnêtes gens" s'apprête à faire main basse sur l'un des adjectifs les plus beaux de notre langue, un adjectif qui a été trempé dans le sang de l'histoire, un mot qui qualifie les valeurs de liberté et de justice : le mot républicain.

Ainsi, l'UMP, formation largement discréditée par les affaires et les vendettas de clans, va se dissoudre au profit d'un rassemblement qui portera le titre de l'un des deux grands partis américains, les Républicains.

La référence à la grande machine électorale d'outre Atlantique n'est pas fortuite puisqu'il s'agit en réalité d'un regroupement de toutes les forces réactionnaires du pays, dans le sillage des oligarchies financières, des lobbies économiques, des sectes à caractère religieux et du Ku Klux Klan. Ces "Républicains" US sont estampillés par la dynastie Bush de la même manière que nos pseudo Républicains de 1871 ont été marqués par Adolphe Thiers le Versaillais.

D'un nabot* l'autre : dans la perspective (probable) de sa réélection en 2017, Nicolas Sarkozy va donc nous faire le coup de la résurrection de la République bourgeoise, celle des "honnêtes gens" à-qui-on-ne-la-fait-pas, contre celle des "gogos" et des "bobos", abusés par ces socialistes incapables et cafouilleux.

Il faut bien reconnaître que le candidat des nouveaux Versaillais joue sur le velours devant l'échec d'un quinquennat calamiteux et face à une gauche pulvérisée par l'impéritie de ses leaders ainsi que par ses propres contradictions.

Devant le tribunal Versaillais qui allait le condamner à mort, le 2 septembre 1871, Théophile Ferré, qui fût l'un des héros de la révolution communaliste, proclamait sa fierté d'être républicain. 

Ne blasphémons pas cet adjectif !

* Marx avait qualifié Thiers de "nabot sanglant"

 

 

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