Pour un nouveau 1er Vendémiaire !

Si comme l'a écrit fort justement Paul Alliès la Ve République est "un verrou absolu à quelque recomposition que ce soit", il faut absolument que les forces vives de notre pays se ressaisissent pour que notre avenir, et aussi celui de nos descendants, ne devienne pas un épouvantable cauchemar...

...car si cette Constitution de 1958 a été taillée pour le général de Gaulle afin qu'il puisse notamment mettre un terme à la guerre coloniale franco-algérienne, elle aurait dû après sa disparition, être remplacée par une Constitution parlementariste flanquée d'un système électoral à la proportionnelle. 

Mais les successeurs du général ont bien compris tout le bénéfice qu'ils pouvaient en escompter et rien n'a changé. Cela a même empiré avec le quinquennat et la funeste décision de Jospin de faire suivre les élections législatives immédiatement après les présidentielles. Tant et si bien que nous vivons aujourd'hui dans une république autocratique où toute opposition légale ne peut se manifester.

De plus, après la crise financière de la fin des années 2000, la donne politique a évolué : les clans de décision traditionnels sont passés sous les fourches caudines d'un capitalisme autoritaire et démagogique. Et le fossé s'est creusé entre la bourgeoisie cultivée et les classes laborieuses.

S'adaptant parfaitement à la situation, la "France d'en haut" a décidé de substituer aux décideurs publics issus des partis, une "société civile" d'experts "marcheurs" qu'elle a pu faire légaliser par la vague des députés élus dans le sillage du Président. Le verrou a donc fonctionné.

Mais le peuple s'est réveillé le 17 novembre 2018  avec les Gilets Jaunes, révélant le début d'une crise de la démocratie.

Anne-Cécile Robert l'a analysée dans un numéro du "Monde diplo" : "Les classes dirigeantes confondent de manière symptomatique populisme et démagogie. L'attention portée aux revendications populaires est perçue comme un clientélisme primaire, quand la défense débridée des intérêts dominants est présentée comme le nec plus ultra de la modernité."

Ainsi ce n'est pas 'le peuple de gauche" qui s'est manifesté le 17 novembre, c'est le peuple tout court. "Ce n'est pas seulement la crise sociale, l'explosion des inégalités et des injustices qui aujourd'hui soulèvent le goudron* ,mais tout autant les reculs de la souveraineté populaires qui les ont rendues possibles."

C'est pourquoi je retiens de la proposition de Paul Alliès ce recours au Forum-citoyen qui pourrait être un nouvel espace de contestation et de propositions afin d'établir une plate-forme idéologique et morale pour imaginer un mieux-vivre-ensemble.

Cette idée, comme celle du RIC (referendum d'initiative citoyenne) avait germé déjà dans l'esprit généreux des Communeuses et des Communeux au cours des débats nocturnes passionnés des Clubs rouges du printemps de 1871.

Pour la VIe République, il faut changer le rapport au possible, c'est à dire retrouver la vitalité civique du 20 septembre 1792, 1er Vendémiaire du calendrier républicain, le premier jour du nouvel an d'une ère nouvelle !

nb/ La conjonction (urgente et vitale) de toutes celles et de tous ceux qui s'opposent au néolibéralisme capitaliste macronard pourrait prendre comme mot-clé ou comme appellation ce datif pluriel latin  Populis

* Frédéric Lordon

 

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