Quand Paris était en fête le 16 avril 1871 !

Alors que le Paris d'aujourd'hui est plongé dans la sinistrose et que ses nuits sont frappées d'un silence lugubre, c'était exactement l'inverse il y a cent-cinquante ans où la capitale, venant de sortir d'un siège terrible et savourant enfin son autonomie sociale et politique, laissait s'exprimer en toute liberté la joie exubérante de ses habitants...

...car il faut bien prendre conscience de cet extraordinaire moment d'euphorie populaire que fût la Commune de Paris !

Ainsi peut-on dire que le Paris de 2021 ressemble au Paris de 1941, celui qu'a montré Claude Autant-Lara dans ce film anarchiste qu'est "La traversée de Paris" mais on peut aussi se rappeler que le Paris du printemps de 1871 a ressemblé au Paris de l'été 1944, celui de la Libération.

Or ce 16 avril, trentième journée des "72 Immortelles" (septidi 27 germinal An 79), on procède à des élections complémentaires pour le Conseil de la Commune, dont la dernière séance a été marquée par cette déclaration de Léo Fränkel, délégué au travail :

"Supprimer l'exploitation de l'homme par l'homme, dernière forme de l'esclavage ; organiser le travail par associations solidaires à capital collectif et inaliénable."

Ce dimanche-là, toute la ville parle, chante et danse. Surtout dans les quartiers du Nord et du Nord-Est dont l'allégresse bon enfant a été si bien évoquée et exaltée par Jean-Pierre Chabrol dans son excellent "Canon fraternité".

Le soleil brille généreusement, les marronniers et les cerisiers sont en fleurs, les chevaux trottent sur les pavés tirant omnibus et fiacres, des groupes animés discutent ça et là, des cracheurs de feu attirent le badauds sur les boulevards et le fond sonore est coloré par les orgues de barbarie que l'on mouline aux coins des places.

Cette convivialité collective n'est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de l'animation des quartiers et des relations humaines favorisées par les tours de garde sur les remparts et les fortifications de la ville ; elle exprime aussi la délivrance d'un peuple opprimé et libéré...

"Un rêve éveillé...une insurrection de la pensée et de la parole. Un cri. Un amour fou...Une ténacité calme. Une ironie révolutionnaire. Un souci du commun, de l'autre et de chacun. Une conjuration des égaux. Une cité. Un communisme de pensée".*

Quand la joie gagne tout un peuple, la liberté enfin s'éveille au souffle de vie.

* Serge Velay

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