L'oxygène Guillemin

Afin d'éviter la puanteur du homardgate rugissant et oublier un peu les turpitudes de la haute bourgeoisie macronarde, pourquoi ne pas se plonger dans ces "Chroniques du Caire", écrites par le jeune Henri Guillemin en poste à l'Université française egyptienne, de 1937 à 1939...

En effet, Utovie, une petite maison d'édition qui réédite l'intégralité des oeuvres d'Henri Guillemin, nous propose de découvrir cet été, un aspect inédit du talent de la grande sentinelle de l'Histoire qu'est le normalien maconnais et lamartinien Guillemin, son savoir-faire éminent dans la radiographie des textes littéraires, bref le point de vue acéré mais juste du lecteur éclairé dans cette avant-guerre qui fut propice à l'éclosion des chefs d'oeuvres.

Alors que le peuple français goûte les joies incomparables du Front populaire en 1936, un professeur de 34 ans, nommé à l'Université du Caire, va écrire pour un hebdomadaire francophone La Bourse égyptienne 98 chroniques dominicales rendant compte de 109 livres (romans, essais, histoire littéraire, documents...) : ces articles, rassemblés, présentés et annotés excellemment par Patrick Berthier* font preuve d'une maturité d'analyse sidérante et nous incitent aujourd'hui où notre univers littéraire s'est réduit comme peau de chagrin, à revisiter les riches pages de cette littérature qui est l'un des fleurons de notre passé.

Car cette époque qui a précédé le second conflit mondial - et dont on perçoit le fond de l'air où se noue l'angoisse de la montée des périls dans les propos de Guillemin - est une des grandes charnières de la production littéraire francophone, de Brazillach et Céline à Saint-Exupéry, de Sartre à Gide pour ne citer que les auteurs les plus emblématiques, c'est le grand festival de l'écriture révélé par "une certaine idée de la critique".

Le tout culminant avec la découverte de la sublime Oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar qu'Henri Guillemin porte aux nues !

Mais qu'on ne s'y trompe pas ! Il n'y a aucune cuistrerie dans cette présentation des oeuvres, aucun jargonnage. Par contre, il y a de l'humeur, et aussi de l'humour (par exemple, Guillemin déconseille la lecture de "la nausée" si l'on part en croisière !)

Ne boudez pas votre plaisir de lecture : ces Chroniques du Caire sont rafraîchissantes.

Merci cher Henri Guillemin.

* auteur d'un "Henri Guillemin tel quel" et aussi d'une bibliographie exhaustive "Une vie pour la vérité"

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