Le patrimoine parisien et la légende noire des pétroleuses

Si l'on s'en tient aux minauderies de Stéphane Bern, il est évident que la notion même de patrimoine reste dans le cercle particulier de la bien-pensance des classes dominantes et cultivées, mais si on estime qu'il est fait de tous les cailloux que le petit Poucet a laissé derrière lui depuis qu'il est sorti des cavernes, il est en quelque sorte notre Histoire pétrifiée.

C'est ainsi que les grandes villes du monde, en accumulant dans leur aire les traces de leur passé, sont devenues de gigantesques musées. Et Paris n'échappe pas à la règle, malgré toutes les transformations subies depuis Lutèce, et toutes les destructions consécutives aux soubresauts de l'histoire...

"Paris brûle-t-il ?" de 1945 est un moment exceptionnel dans la vie de la capitale, mais les incendies qui l'ont ravagée lors de la dernière semaine de Mai 1871 restent une marque profonde et douloureuse de l'histoire de la cité, d'autant plus que la photographie naissante en a immortalisé les ruines et d'autant plus également, que l'affreux embrasement a été vite récupéré par les Versaillais pour créer la légende noire des pétroleuses.

Ces épouvantables harpies et mégères communeuses, qui n'hésitaient pas à faire le coup de feu sur nos braves soldats, ont mis du pétrole dans leurs pots à lait et ont été incendier Paris en jetant le liquide inflammable dans les soupiraux des immeubles !

Dans les pages 521, 522 et 523 de mon livre "Les 72 Immortelles", j'ai dénoncé cela en révélant que c'était l'artillerie versaillaise qui avait mis le feu à 75% des immeubles de Paris hormis les incendies destinées à ralentir la progression des soudards de Mac Mahon ainsi que ceux de quelques bâtiments.

J'ai ainsi détruit en grande partie cette légende noire* dont on trouve encore des échos chez les "honnêtes gens"...

Un livre récent, paru après le mien, écrit par Hélène Lewendowski, intitulé "la révolution trahie", propose un autre point de vue :

'Les incendies de la Commune, loin de détruire Paris modelé par Napoléon III et Haussmann, ont servi les intérêts de la bourgeoisie en accélérant une transformation qu'elle désirait et en stimulant une industrie qu'elle possédait".

Cette analyse me semble un peu superficielle car le Paris post-communeux qui a perdu la majorité de ses artisans (100 000 d'après Rougerie) aura bien du mal à retrouver sa production des "articles parisiens" qui faisait sa réputation commerciale européenne..

Et puis le patrimoine n'est pas exclusivement composé de belles demeures, de châteaux et de palais !

Le patrimoine des prolétaires et de leurs frères n'est-il pas au Père Lachaise...

...ce Mur de "la fédération des douleurs" ?

* personne n'a relevé cette information

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.