Le fond de l'air est jaune

On a beaucoup écrit sur les colères populaires dont certaines ont pu déboucher sur de grands moments révolutionnaires, mais on est bien obligé de constater aujourd'hui, que cette goutte qui a fait déborder le vase n'est qu'un élément mineur du mécontentement général...

Ainsi en cet automne 2018, une forte proportion de la nation française, écoeurée par une gouvenance autocratique qui a décidé de lui infliger les électrochocs d'une réforme technocratique, vient de manifester son ras-le-bol par le truchement des réseaux sociaux.

Comme en 1788, l'abus des prélèvements et des taxes de tous ordres a réussi à faire cabrer une opinion publique qui n'avait manifesté jusque là que de la grogne ordinaire dans sa résignation.

Ces "gilets jaunes" ont surpris tout le monde car ils n'appartiennent pas à la typologie de la classique lutte des classes mais ils sont la résultante d'un courant collectif et profond  d'indignation de cette "France d'en bas" qui gueule son désarroi d'être traitée de manière cavalière par la nouvelle aristocratie de la "France d'en haut", la bourgeoisie diplômée.

En 2018, ce ne sont plus "les eaux glacées du calcul égoïste" mais "les eaux tièdes de l'arrivisme individualiste".

Mais attention ! Si ce mouvement  "hesselien"*  se régénère au contact d'une fin de non reçevoir aussi absurde qu'imbécile, il est susceptible de prendre de l'amplitude et pourrait se traduire par une situation pré-révolutionnaire qui entraînerait toute la population.

N'oublions pas que c'est cela qui est arrivé en 1789, 1830 et 1848 avec malheureusement une récupération du soulèvement populaire par la classe possédante.

Le XXIe siècle va-t-il nous faire admettre une nouvelle manière de s'opposer et de s'émanciper ?

"Des coups d'épée Messieurs, des coups d'épée...

mais pas de coups d'épingle !"

* Stéphane Hessel : "Indignez vous !"

 

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