L'héroïsme militant

Face à l'odieuse et sournoise fin de non recevoir du Président Macron, des milliers de "gilets jaunes" ont néanmoins affronté le froid, la pluie et parfois le brouillard des grenades lacrymogènes pour exprimer leurs souffrances et demander à être pris en considération...

...ce qui semblerait normal dans le cadre d'une véritable démocratie mais ce qui est à proprement parler extra-ordinaire sous le joug d'une république macronienne où le débat public est l'apanage exclusif des classes dominantes.

C'est pourquoi le vieil homme que je suis, à demi impotent, a décidé de venir apporter à ces militants, aujourd'hui, le témoignage de sa sincère admiration accompagné de sa bien vive sympathie !

Car il y a un héroïsme militant qui est bien distinct de l'héroïsme militaire parce que c'est un héroïsme ordinaire, quotidien, anonyme. Il exige de nombreux sacrifices et beaucoup d'abnégation ; il est bien souvent pénible et répétitif , notamment dans les actions de tractage dans les rues.

Il exige chez le militant l'oubli du sur-moi et un sens du bien collectif, une altérité qui est cette première marche vers la fraternité comme j'ai tenté de l'analyser chez les Communeux dans mon essai concernant "Les 72 Immortelles".* Mais en 1871, l'héroïsme militant et l'héroïsme militaire se conjuguaient pour former un héroïsme patriotique, révolutionnaire.

Observant la baisse de fréquentation dans les manifs des "Gilets jaunes", les chaînes de télévision et la grande presse, totalement contrôlées par la bourgeoisie, ironisent sur l'érosion du mouvement et glosent à qui mieux mieux sur ces "cocus de l'histoire" que le Président aura magistralement "roulé dans la farine" et fait rentrer dans les rangs anonymes des masses laborieuses...

Eh bien je puis affirmer que ces détestables aruspices se trompent, lourdement. Car le courant des "gilets jaunes" ne s'inscrit pas dans une problématique quantitative. Une bonne partie de la population que l'on avait conditionnée au "chacun pour soi" a découvert le goût du collectif dans les agoras des ronds points !**

Et quand le peuple retrouve son identité de "classe de la conscience humaine", il n'est pas loin de pouvoir revendiquer son émancipation.

En 1850, sous la IIe République, le "bachelier"  de Jules Vallès disait :

"En politique, le ciel est noir. La République sera assassinée un de ces matins, au saut du lit. Les symptômes sont menaçants, la patrie est en danger."

Que dit un gilet jaune aujourd'hui ?

* aux éditions du Croquant

** cf le grand reportage de Florence Aubenas dans "Le Monde" : "la révolte des ronds points"

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