La strette jupitérienne

Un parfum paternaliste, à l'instar de l'an Quarante, flottait dans toutes les chaumières de France et de Navarre après l'allocution présidentielle qui a annoncé le confinement obligatoire de la population...

...un confinement qui aurait du être décidé beaucoup plus tôt si les pouvoirs publics avaient pris la juste mesure du développement rapide de cette terrifiante pandémie mais Jean-Michel Blanquer avait déclaré le 15 mars : "la stratégie n'est pas d'empêcher que le virus passe - on sait qu'il passera probablement par plus de la moitié d'entre nous - ,mais c'est de faire en sorte qu'il passe de la manière la plus étalée possible dans le temps".

Pourquoi a-t-on atermoyé et pris le risque de faire voter le corps électoral national quand on sait que les mesures chinoises de confinement ont été là-bas d'une remarquable efficacité ? En effet, la RPC compte actuellement un peu plus de 3 000 morts pour une population de 1,4 milliards d'habitants. L'épidémie semble y avoir dépassé son pic avec un nombre extrêmement faible de nouveaux cas déclarés. La stratégie d'endiguement a donc été payante.

L'objectif des classes dominantes exprimé par Emmanuel Macron est clairement de limiter le contrecoup économique de la crise sanitaire, en faisant en sorte que le chaos commence à se résorber en fin d'année. "On laisse donc le virus proliférer à un rythme qui soit gérable par les hôpitaux afin d'atteindre dès l'automne un degré de contamination tel que la population sera globalement immunisée et que la pandémie cessera...Le choix de Macron et de Merkel est celui qui conviendra le mieux aux marchés boursiers, qui ont horreur de l'incertitude."

C'est ainsi que le philosophe Thibaud Isabel analyse notre présent mortifère dans un article intitulé "Le prix d'un monde sans limites", que l'on peut lire sur la site de la revue "L'inactuelle".

Par ailleurs, cette crise révèle - si besoin en était - l'indiscipline et l'incivisme des Français que l'on a trop conditionnés aux satisfactions de l'individualisme et du "chacun pour soi", valeurs cardinales du néolibéralisme ambiant et de la bourgeoisie friquée : on a perdu le sens de la fraternité sinon de l'altérité ainsi que le goût du collectif.

Méfions-nous de l'économisme à courte vue et de l'idéologie néolibérale enfermée dans ses dogmes technocratiques aux soucis électoralistes : le libre-échangisme globalisé est aussi dangereux que le totalitarisme !

"Tout ce qui ne parvient pas à notre conscience, a écrit Jung, nous revient sous forme de destin."

 

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