Un peuple encordé ou accordé ?

La métaphore jupitérienne du "premier de cordée" va certainement faire couler beaucoup d'encre , que ce soit avec le "premier de corvée" dans le meilleur des cas ou bien avec le "premier de Corée" dans le pire, car elle traduit assez bien la réalité de la situation ambiguë de la démocratie française. Le discours univoque d'une classe sociale dominante.

En effet, comment ne pas être saisi de stupeur lorsqu'on a assisté au grand show d'autosatisfaction du Président Macron à la télévision, au cours duquel il a exhorté tout un chacun à s'encorder pour aller gravir la pente de la production-consommation de la France libérale et européiste des années qui viennent ?

Et, comble d'ironie, ce prêche aux vertus et aux bienfaits du capitalisme, a été prononcé devant l'oeuvre d'Obey que l'on pouvait voir derrière le charlatan aux oxymores puisqu'elle magnifie la triade républicaine et en particulier son troisième concept - celui de fraternité - qui fut l'idée maîtresse des insurgés de l'exploitation humaine, celle du grand rêve (fracassé) des Communeux.

Nous voilà donc embarqués, sous le prétexte fallacieux du modernisme, dans un incroyable retour en arrière : la France du "enrichissez-vous" de Guizot et même celle des flons flons de Badinguet et des "violettes impériales"...

Car tout autocrate qu'il était, Napoléon III se prenait, lui aussi, pour le "protecteur" du monde du travail et du bas-peuple ; il a même pris en charge en 1862 le voyage à Londres des "délégués ouvriers" pour qu'ils se rendent à l'Expo universelle où leur rencontre avec les trade-unions marquera le point de départ de la création de l'Internationale.

Aujourd'hui, notre monarque républicain "va au peuple" en faisant des rêves d' "association capital-travail" gaullienne que lui aurait soufflée les bonnes âmes du MEDEF afin de faire passer l'inévitable lutte des classes aux abonnés absents.

Cette société encordée qu'il appelle de ses voeux est en fait le tropisme récurrent de tous ceux qui veulent faire le bonheur des autres, malgré eux, de tous ceux qui se croient au dessus du troupeau, confortablement installés au balcon soutenu par les atlantes et les caryatides, ces "portefaix de tout le poids humain".

Mais il y a aussi les désaccordés, c'est à dire les insoumis.

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