Ils ont osé monter "à l'assaut du ciel"

Ce jour là le ciel était bleu mais le fond de l'air était rouge car le printemps de la politique embaumait l'atmosphère d'un Paris populaire et joyeux...

Dans les écrits magistraux qu'Henri Guillemin a consacrés à la Commune, il démontre pourquoi Adolphe Thiers ne peut pas être tenu pour le seul responsable de la révolution communaliste du 18 mars 1871 dont je célèbre aujourd'hui avec émotion le cent-quarante-cinquième anniversaire. Il était sous la coupe de l'assemblée nationale des "ruraux monarchistes" qui venait d'être élue et qui l'avait désigné comme "chef du pouvoir exécutif de la République : son avenir politique dépendait donc, à court terme, de son attitude face à la révolte parisienne qui grondait. Fallait-il provoquer une guerre civile afin d'écraser la rébellion ou laisser les Prussiens s'en charger ?

Mais la capitulation avait été négociée (et acceptée) et le gouvernement français devait, coûte que coûte, procéder au désarmement d'une Garde Nationale forte de plusieurs centaines de milliers de membres.

Dès son arrivée à Paris, le 16 mars, Adolphe Thiers avait essayé de négocier avec les maires d'arrondissements, et notamment avec Georges Clémenceau, maire de Montmartre où avaient été entreposées 171 pièces d'artillerie. Mais le dialogue n'ayant pas abouti, Thiers se laissa intoxiquer par les militaires et comme l'Assemblée devait se réunir à Versailles le 20 mars, il donna son feu vert pour la récupération immédiate des canons.

Ils étaient pour la plupart groupés sur les hauteurs qui dominent Paris. Ils y avaient été amenés par de vastes foules - gardes, ouvriers, femmes, enfants, attelés aux plus lourdes pièces comme aux plus légères. Pour le peuple, pas besoin de ces chevaux dont ne peut se passer l'armée régulière et qui vont faire défaut, le moment venu.

Dans la nuit du 17 au 18 mars, les Corps d'Armée reçurent l'ordre de marcher en silence sur les lieux où se trouvaient les canons et de s'en emparer.

C'est ainsi que le 88e de ligne, appartenant à la brigade Lecomte, escalada la butte Montmartre, précédée de gendarmes et de sergents de ville.. Au pied de la tour de Solférino, un Garde national interpella la tête de la colonne qui répondit en tirant : c'est ainsi que le Garde Germain Turpin, appartenant au 61e bataillon de la GN, fut blessé mortellement. Il est la première victime sur la longue, trés longue, liste des morts de la Commune.

Germain Turpin, trente-six ans, était un ouvier maçon, l'un de ces Creusois que le baron Haussman avait fait venir à Paris sur les chantiers de ses grands travaux. Il fut secouru par Louise Michel qui habitait à proximité ; elle alla chercher le Docteur Clémenceau qui ordonna son transport immédiat à l'hôpital mais le général Lecomte s'y opposa. Cette décison devait un peu plus tard lui coûter trés cher...

Mais le jour commençait à se lever et les habitants sortant de chez eux, se sont mis à apostropher les soldats à qui on donna l'ordre de se dégager en tirant sur la foule.

Et là, contrairement à la célèbre séquence du cuirassé Potemkine, non seulement les lignards refusèrent d'obéir mais ils mirent aussi la crosse en l'air et fraternisèrent avec la population !

Le miracle se reproduisit un peu partout dans Paris, tant et si bien que les Gardes nationaux purent aller occuper les bâtiments publics, les uns après les autres...

Tandis qu'Adolphe Thiers et ses affidés quittaient Paris dans la précipitation et se sauvaient comme des voleurs, un grand moment de grâce se produisit place de la Bastille au coeur de l'après-midi : un convoi funèbre traversa la foule des insurgés qui lui firent une haie d'honneur jusqu'au cimetière du père Lachaise. Le corbillard était suivi d'un beau vieillard à la crinière blanche : Victor Hugo, pétri de douleur, accompagnait la dépouille de son fils.

Au soir du 18 mars, le Comité Central de la Garde national se retrouvait à l'Hôtel de Ville, maître de Paris. Il prit la décision de transmettre ses pouvoirs à une assemblée communale élue par les citoyens.

Sur la place de l'Hôtel de Ville, une foule enthousiaste se mit à crier :

Vive la République universelle et fraternelle ! Vive la Commune !

NB/ ils "montaient à l'assaut du ciel" (Karl Marx)

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.