Adolphe Thiers (suite)

N'ayant pas maîtrisé le portfolio, je n'ai pu placer dans mon précédent billet le résumé biographique de ce qu'il faut savoir sur la "tête de gondole d'une république des faux semblants"...que je qualifierai de "plus beau salaud de l'histoire de France".

Il est né à Marseille en 1797 et a fait des études de droit à Aix-en-Provence. Avocat et journaliste, il "monte" à Paris où il fréquente les milieux huppés et branchés. Sous la Restauration, il publie une "Histoire de la Révolution française", qui se veut provocatrice car elle fait la part belle aux notables bourgeois. Puis il fonde un journal "le National" qui prône la monarchie parlementaire.

Il s'oppose à Charles X et soutient Louis-Philippe. Elu député d'Aix, il devient ministre de l'Intérieur en 1832, puis de 1834 à 1836 : il s'illustra par sa férocité répressive, notamment lors du massacre de la rue Transnonain, immortalisé par Daumier. Ce qui lui vaut d'être nommé peu après Président du Conseil, mais il n'occupera ce poste que quelques mois après avoir échoué dans des négociations avec l'Angleterre.

Mettant à profit le temps de la disgrâce, il entreprit une "Histoire du Consulat et de l'Empire" qui connut un grand succès de librairie et contribua à faire prospérer la légende napoléonienne qui devait favoriser l'émergence politique du prince Louis-Napoléon Bonaparte.

Mais Napoléon III ne l'apprécie pas et le laisse de côté. Thiers se déclare alors républicain car "c'est le régime qui nous divise le moins". Elu député de l'opposition, il crée ses réseaux d'influence et plaide pour les libertés tout le temps de "l'Empire autoritaire"...Cela ne l'empêche pas de profiter de l'expansion économique, il entre au Conseil d'administration des Mines d'Anzin et devient un nanti. Malgré un physique ingrat (cf le dessin d'Eloi Valat) , il devient l'amant de la femme du PDG et obtient même... la main de leur fille !

En 1870 il va profiter de la défaite et de la chute de l'Empire pour jouer les plénipotentiaires. Elu le 8 février 1871 par vingt-six départements, il s'impose à l'Assemblée nationale réunie à Bordeaux comme "Chef du pouvoir exécutif de la République française". Un titre bizarre décerné par une Assemblée monarchiste, qui ne rêve qu'à une restauration royale mais qui n'arrive pas à s'entendre sur un candidat !

Mais ce titre lui est attribué sous deux conditions : qu'il conclut la paix avec Bismarck et qu'il soumette Paris où gronde la révolte.

Le premier point fut facile à réaliser : il n'y avait qu'à céder l'Alsace et une partie de la Lorraine et payer une rançon de 5 milliards de francs or (sur laquelle il prélèvera sa commission !)

Le second lui fut dicté par de Lasteyrie, député monarchiste de Seine et Marne, délégué par l'Assemblée comme tutelle de l'exécutif ; étant le petit-fils de Lafayette, il voudra venger l'opprobre qui avait frappé son grand-père jugé "traitre à la patrie" alors qu'il était Commandant en chef de la Garde nationale. Il exigera le désarmement de cette milice civile et la main mise sur les canons qu'elle avait fait fabriquer par souscriptions...ainsi que l'arrestation de tous ses meneurs potentiels.

Thiers voulait négocier mais il dut approuver la grande opération militaro-policière qui fut déclenchée dans la nuit du 17 au 18 mars et qui tourna vite au fiasco grâce à l'action des femmes du peuple qui obtinrent une fraternisation de la troupe avec la population parisienne.

La suite est racontée en détail dans le tome 1 de mon livre "Les 72 Immortelles"

Quant à Adolphe Thiers, planqué à Versailles, il va consacrer tout son temps et toute son énergie à un plan pour "exterminer la populace"...

Avant d'être consacré "héros national", il aura été "Adolphe le Petit, général Boum, Obus 1er, Crapaud venimeux, Tamerlan à lunettes, César raccourci, Petit Jean-Foutre, Père Transnonain, l'infâme Vieillard, Croquemort de la nation..."

Marx l'avait appelé "le nain sanglant".

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