On achève bien les chevaux

A l'instar des malheureux candidats du marathon de la danse mis en scène par Sydney Pollack en 1969, les aspirants députés font aujourd'hui leur dernier tour de piste avant que les portes du Palais Bourbon ne se referment, après les avoir accueillis...ou laissés dehors.

Mais la plupart d'entre eux auront subi le même sort que le valeureux Buster Keaton qui marche plié en deux pour lutter contre l'ouragan de "Steamboat bill Junior", ils n'auront rien pu faire contre l'irrésistible vent macronien balayant tout sur son passage...

C'est ainsi que la république bourgeoise constitue son aréopage d'"honnêtes gens" pour l'heureuse gestion et la gouvernance d'une société où les inégalités doivent subsister avec l'accord tacite d'un petit peuple qui doit rester passif et muet : ce sont les marcheurs du trompe l'oeil, du faux semblant et de l'eau bénite.

Parfois, on donne leur chance d'accéder à "l'assiette au beurre" à quelques uns des moutons du troupeau, comme le gouvernement américain l'avait fait après la grande dépression en organisant ces "marathons de la danse" dont les vainqueurs pouvaient - provisoirement - sortir la tête hors de l'eau et manger à leur faim...Mais ils rentraient vite dans le rang, épuisés et les pieds en sang.

Ce qui est le plus navrant dans cette foire d'empoigne législative, c'est le fait qu'elle aboutisse finalement à la formation d'une entité inerte, à une simple chambre d'écho, à une brigade des applaudissements...puisque le pouvoir est concentré dans les mains d'un seul homme.

Tout ça pour ça me direz-vous ? Il faut bien amuser la galerie dans cette "société du spectacle", qui ressemble plus à un petit théâtre de Guignol qu'à une communauté citoyenne.

Il convient donc de "savoir vivre dans le monde de l'ennemi" comme l'écrit justement Jacques Rancière*, il faut être "dans la position ambiguë de celui ou celle qui combat l'ordre dominant mais est aussi capable d'y construire des lieux à part où il échappe à sa loi : l'invention hic et nunc de formes du commun en écart par rapport aux formes dominantes reste aujourd'hui le coeur des pratiques et des idées d'émancipation."

Entrons dans la danse !

* "En quel temps vivons-nous ?", conversation avec Eric Hazan (La Fabrique)

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