Fête communale

Le troisième dimanche du mois d'août est généralement réservé à la célébration de la fête de ce village du Vexin normand dans lequel je vis, mais je ne suis pas loin de penser que de nombreuses communes rurales françaises en font autant, et sensiblement aux mêmes dates...

...car cette deuxième quinzaine d'août qui annonce la fin des grandes vacances par sa proximité de la rentrée scolaire mais qui reste le plus souvent marquée d' un exceptionnel beau temps ensoleillé, est propice à l'organisation d'une grande fête collective villageoise.

C'est pourquoi on voit débarquer un beau matin, en face de l'église*, le grand parc aux autos tamponneuses ainsi qu'un manège de chevaux de bois, avec dans les confins de la place, diverses baraques de forains où l'on peut tirer à la carabine pour gagner un ours en peluche voire de belles libellules aux ailes argentées par des filaments de sucre ...

De la joie et du bonheur pour tout un chacun, un divertissement collectif pour les familles, une occasion de trinquer avec ses voisins (ou avec de nouveaux habitants que l'on découvre) à la terrasse improvisée du café-tabac devenu buvette municipale, seul lieu public ayant résisté à l'hécatombe des commerces qui a frappé - avec le départ du bureau de poste - la plupart des petites communes françaises.

Car pourquoi vouloir cacher la misère de ces campagnes en voie de désertification, dont les villages et hameaux ne sont plus que des lieux d'habitation ou de simples bourgades-dortoirs, sans autonomie, sans moyens administratifs et financiers, en train de perdre leur école et partant, leur âme ?

Et il faut bien reconnaître que la télévision n'a fait qu'accroître cette situation et ce malaise puisqu'elle conforte l'individualisme, le chacun pour soi, et le nivellement par le moins-disant- culturel !

Pourtant, la commune est la cellule-souche de la région, l'indispensable molécule de la grande famille nationale, une entité qui reste gérable sur le plan humain et dont les membres peuvent encore se sentir co-responsables, solidaires et fraternels.

La centralisation du pouvoir d'Etat, qui semble s'accentuer et durcir sous la férule macronienne, constitue un grave danger pour la vie des collectivités, un péril mortel pour la confraternité nationale.

Et ce ne sont pas ces brocantes improvisées, ces vide-greniers, ces foires à tout que l'on rajoute aux fêtes foraines, qui vont entamer ce fléau du dépérissement communal voulu en haut lieu pour gagner le béniouiouisme des citoyens-consommateurs-bonsélecteurs, ces espaces commerciaux ne sont que des vecteurs limités aux échanges d'objets ou de biens.

Fête commune ?

* église ND de la Grâce, à Saint-Pierre de Bailleul (Eure)

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