La parole peut-elle être encore libre ?

Ayant été toute ma vie un délinquant de la bienpensance et de ce fait, étant la cible de toutes les censures, je n'imaginais pas devoir être victime d'une interdiction dans ce blog à propos de l'insulte proférée par un "gilet jaune" à l'encontre de cette vache sacrée de la macronie qu'est l'académicien Finkielkraut...

...d'autant plus que l'insulte rapportée l'a été entre guillemets, dans un contexte que je connais bien puisque c'est celui de mon film "Dreyfus ou l'intolérable vérité" qui a reçu le prix Méliès en 1975 après avoir été interdit six mois par la Commission de contrôle des films ; mais en levant la censure d'exploitation, le Ministère de la Culture s'est bien rattrapé puisqu'il a refusé de verser aux producteurs (Jacques Charrier et Jean-Claude Brialy) l'avance sur recettes qui avait été attribuée au film sous le prétexte que les "crédits de l'année étaient épuisés"...

Bref, après "Dreyfus" ce fut la censure pour "La prise du pouvoir par Philippe Pétain", interdit de diffusion à la télévision publique, le "Black friday" (produit par moi et réalisé par Pierre Kast et Chris Marker), volatilisé (?), etc...je suis donc un vieux client d'Anastasie.

Aujourd'hui où nous sommes immergés dans le confusionnisme le plus total et où prédominent enfumage et contre-enfumage, je m'efforce de dire ce que je pense sans hargne et sans hypocrisie, dans le climat distancié de l'analyse historique, afin d'essayer de transmettre à mes lecteurs un point de vue critique sinon un décodage.

En effet, si le fond de l'air est celui d'une grande colère, il ne s'est pas encore cristallisé en émeute voire en révolte armée, même si la violence haineuse qu'il exprime et qui ne fait que croître, tend à écorcher nos oreilles citoyennes.

L'essai que je viens d'écrire sur la Commune de Paris de 1871 m'a appris qu'il fallait effectivement faire table rase de toutes nos inhibitions et de tous nos réflexes égotistes si on désirait accéder à la vérité et à la fraternité.

Mais la liberté reste une condition sine qua non !

NB/ "lutter réellement contre l'antisémitisme" écrit Edwy Plenel : oui, bien sûr, mais il ne faut pas se limiter à souffler sur l'écume comme le préconisait Léon Poliakov dans son "Bréviaire de la haine" et comme je l'ai développé dans mon film "Dreyfus ou l'intolérable vérité" que Marcel Ophuls considérait comme étant une "arme de dissuasion massive de l'antisémitisme" (alors pourquoi ce film est-il toujours interdit d'antenne sur le réseau public ?)

 

 

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