L'enveloppe vide

Sur quelque vingt millions d'électrices et d'électeurs qui se sont déplacés dimanche pour aller voter, environ dix pour cent d'entre eux ont été contraints de glisser dans l'urne, soit une enveloppe vide soit un bulletin déchiré qui a été considéré comme nul lors du dépouillement : telle a été ma propre situation...

...car, ayant voté pour le candidat de "la France insoumise" au premier tour, je me suis retrouvé devant l'alternative aporétique : "droite macronienne"" ou "front national", c'est à dire que j'ai été requis de franchir ce "détroit de Messine civique" soit en optant pour charybde soit en me jetant dans scylla ! Et comme il m'était impossible de contourner la Sicile, je me suis résolu - pour la première fois de mon existence citoyenne - au vote blanc.

Je ne suis pas le seul à m'être ainsi exclu de la vie citoyenne de la France, et si l'on additionne tous ceux de mon espèce avec les abstentionnistes, la légitimité du pouvoir sorti des urnes n'est certainement pas avérée.

Ainsi à l'instar des créatures imaginées par H.G.Wells, nous sommes devenus des Morlocks ou des Eloïs...

Voilà, sans aucun doute, une manière détournée et cynique pour rétablir l'injuste suffrage censitaire qui écartait "la canaille" du banquet électoral !

Que signifient ces consultations électorales qui ne mènent à rien sinon à la cooptation de quelques personnes de "la société civile", issues des classes favorisées ou bien à promouvoir les rejetons des élites bourgeoises, estampillés par les grandes écoles ?

Sans doute l'affreux Monsieur Thiers avait-il raison lorsqu'il s'adressait à l'assemblée à majorité monarchiste de Versailles en lui recommandant de voter tranquillement pour une "république conservatrice", car si elle peut bien mettre en exergue les mots magnifiques de la triade républicaine (liberté, égalité, fraternité), elle n'est en réalité qu'un leurre de la démocratie. Un leurre avec l'argent des leurrés.

Le fond de l'air est brouillé.

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