Le mal-être citoyen

Alors que l'on apprend aujourd'hui qu'un ancien président de la République va être bientôt jugé pour corruption et tandis que son successeur se pavane dans les librairies avec un ouvrage exaltant son quinquennat calamiteux, le jeune muscadin qui occupe le poste s'acharne à détruire tout ce que les conquêtes sociales avaient pu arracher péniblement à la rapacité des classes dominantes...

...c'est bien pourquoi, malgré les diversions du mondial féminin de football et bientôt le départ du Tour de France cycliste, la sinistrose s'est emparée de toute une frange de la population qui se sent bernée, trompée, moquée, abusée, enfumée...pour ne pas dire simplement mise au rencart, laissée sur le bord du chemin, exclue d'un minimum de bien-être dans la communauté nationale.

Il n'est donc pas étonnant que le premier parti de France, en tout cas celui qui réunit le plus grand nombre d'inscrits absents, soit l'immense foule des abstentionnistes.

Pouvons-nous en conclure qu'une majorité de nos concitoyens se désintéresse complètement de la vie politique ainsi que des modalités de la gestion du pays ?

Ils payent pourtant des impôts, soit sur leurs revenus soit par leur consommation quotidienne. Pourquoi ne se sentent-ils pas (plus) concernés par tout ce qui concerne "la chose publique" ? Et ce n'est pas cette tentative d'exhumer le service militaire sur le mode des colonies de vacances qui pourra changer quelque chose à ce profond malaise culturel...

D'ailleurs ce mal-être citoyen a des racines historiques, que je suis en train d'explorer dans le sillage des "72 Immortelles" et des Clubs rouges de la Commune ; un travail heuristique qui m'a conduit à quelques découvertes surprenantes...

Aujourd'hui où il faut bien admettre que notre démocratie ne fonctionne plus* et aussi que notre nation est en proie à une balkanisation endémique qui n'est pas seulement due au problème de cette France périphérique que tous les sociologues pointent en se limitant au service après-vente d'une décolonisation mal assumée, la citoyenneté prend hélas le look d'un souvenir mémoriel !

Enfermés dans une bulle médiatique alimentée par la bien-pensance bourgeoise et son déni social permanent, nous ne réagissons même plus aux coups de boutoir démagogiques ou nationalistes ; nous sommes devenus les sujets dociles du maître des farces audio-visuelles Pierre Pathelin.

C'est pourquoi j'ai accueilli avec enthousiasme l'initiative de la journaliste Aude Lancelin, qui vient de créer une web-tv avec QG

Il ne faut jamais baisser les bras !

NB/ lire sur l'excellent site "l'inactuelle" l'interview de Francis Dupuis-Déri, chercheur à l'Université du Québec

* cf mes deux derniers billets qui n'ont suscité aucun écho alors que je proposais une idée pour sortir de l'impasse. Autrement dit, il vaut mieux détruire que construire : voilà  le symptôme de la résignation espérée par la "France d'en haur".

 

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