Palimpseste macronien

Sans doute afin de laisser une trace justificatrice dans l'histoire de son quinquennat pourri, Emmanuel Macron s'est-il prêté à l'exercice du grand oral face à un aréopage de normaliens, pour leur revue de géopolitique intitulée "Le Grand Continent"...

...et la lecture de cette intervention-fleuve permet de comprendre un peu mieux ce qui a guidé l'attitude présidentielle démagogique vis à vis de la révolte sociale des Gilets jaunes, et aussi ce qui a déterminé sa politique d'atermoiements dans la crise sanitaire provoquée par l'irruption de la pandémie.

Mais d'emblée, voici la question qui fâche :

"Quel est aujourd'hui le cap pour vous ?"

Le Président : "On est à un moment de notre humanité où, au fond, on a rarement eu une telle accumulation de crises à court terme, comme l'épidémie et le terrorisme, et de transitions profondes et structurantes qui changent la vie internationale et qui ont même des impacts anthropologiques : je pense au changement climatique comme d'ailleurs à la transition technologique qui transforme nos imaginaires, on l'a encore vu récemment, qui bouscule complètement le rapport entre le dedans , le dehors et nos représentations du monde."

Devant cette situation complexe, Emmanuel Macron émet le voeu du "besoin de coopérer" et s'accroche à l'utopie d'un "consensus de Paris" qui répondrait aux nécessités d'une "communauté de destins"...

Mais il reste néanmoins imprégné sinon immergé dans sa mentalité de classe lorsqu'il admet qu'il est devenu indispensable de refonder le capitalisme et que cette opération ne sera envisageable que dans le cadre d'une nouvelle Europe, régie par le multilatéralisme.

Niant la montée des courants néo-conservateurs, il estime que la France pourrait montrer à ses partenaires européens, le chemin de la démocratie...

Il reconnait toutefois (mais en le minimisant) que le néo-libéralisme issu d'une économie de marché perturbée par la financiarisation, a beaucoup accru les inégalités en "délocalisant massivement", ce qui a entraîné des drames sociaux et une paupérisation qui est en train d'atteindre les classes moyennes.

Bref, il envisagerait (en affirmant sa profonde conversion à l'écologie !) d'envisager une politique de rupture avec les priorités économiques et financières afin de répondre aux exigences de la démographie.

Faisant fi des points de blocage qui paralysent un fonctionnement solidaire de l'Union européenne, et rejetant globalement tout la panoplie révolutionnaire du XIXe siècle, Emmanuel Macron s'affirme ainsi aujourd'hui comme étant un saint-simonien attardé !

Et même s'il répudie avec dégoût la "souveraineté westphalienne", qui ne peut coexister avec l'urgence climatique, il ressemble à l'un de ses prédécesseurs, Napoléon le troisième, baptisé par Victor Hugo "Napoléon le petit"...

Emmanuel Badinguet ?

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