Le mirage du "votutile"

Il va bien falloir que l'Académie française introduise cette expression néologistique dans le dictionnaire dans la mesure où le système électoral qui régit le fonctionnement des démocraties ne semble pas devoir subir de transformation radicale...Il y a pourtant un syllogisme qui permet d'éviter le piège.

La campagne présidentielle qui est en train de s'achever n'a pas échappé au syndrome du "votutile" dans la mesure où cette grande foire aux vanités reste dominée, ponctuée et marquée par les sacro-saints sondages d'opinion.

Mais qu'est-ce qu'un vote utile ? Utile à qui, utile pour quoi ? 

A écouter les commentateurs de commentaires qui font l'opinion publique, on a l'impression que des bookmakers clandestins et tout puissants manipulent les chiffres afin d'orienter le choix des électrices et des électeurs dans la direction qu'ils sont les seuls juges à la trouver meilleure, dans un vaste sweepstake organisé par un PMU/MEDEF.

En réalité, le suffrage universel a été peu à peu dévoyé par la manière dont les institutions bourgeoises ont décidé de l'utiliser. Il n'est plus une libre expression de citoyens qui ont fait leur devoir civique dans l'isoloir, mais le résultat d'une manipulation des esprits en réduisant la palette de l'offre électorale à des numéros de dossards.

En mai 68, on criait "Elections, piège à cons !" ; aujourd'hui, on pourrait dire : "Elections, piège abscons !" : c'est le règne de la feinte et de la manigance.

Ainsi, la république conservatrice peut coopter les personnalités qu'elles croient les plus aptes à protéger les intérêts et les privilèges des classes possédantes, à faire en sorte que tout semble changer pour que rien ne change vraiment.

Aujourd'hui, dans la mesure où il semble bien difficile de sortir de cette monarchie républicaine quinquennale qui étouffe toute possibilité d'instaurer une véritable démocratie représentative, le seul vote utile à la collectivité est celui qui peut désigner la candidate ou le candidat capable de faire face à la féodalité de l'argent et aux oligarchies qui tiennent les rênes du pouvoir.

Sur les onze prétendants, cinq d'entre eux affirment cette volonté : Mélenchon, Arthaud, Poutou, Lassalle, Cheminade. ( Hamon est hors course puisqu'il représente une formation politique qui a encouragé et pratiqué la collaboration de classe et le compromis avec le capitalisme.)

Lorsque l'on examine les argumentations des cinq "moutons noirs" précités, on se rend compte que le combattant le mieux armé et le plus déterminé est Mélenchon.

Le vote utile est donc le bulletin Mélenchon.*

* n'en déplaise à la rédaction de Mediapart.

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