Les chiens de garde macroniens

En complément de mon précédent billet pointant l'héritage de la "Semaine sanglante" de la Commune de Paris dans le fonctionnement de la république bourgeoise (de la IIIe à la Ve) qui a succédé au Second Empire, je veux attirer l'attention des fidèles lecteurs de ce blog sur la persistance du syndrome "tout répressif" qui reste actuel, cent-quarante-huit ans après le grand massacre ...

...car les classes dominantes ont aujourd'hui le même réflexe que les Versaillais : il faut mater la canaille sinon l'éradiquer !...

Certains beaux esprits se répandaient même en bons mots dans l'entourage d'Adolphe Thiers pour encourager la virulence répressive à un tel degré qu'elle devrait  dissuader toutes revendications ouvrières pendant plusieurs générations !...

Nous n'en sommes pas là en 2019, mais nous en prenons le chemin : après avoir tenté de bâillonner les gilets jaunes avec ce "grand débat" qui n'a été qu'un simulacre de concertation, le pouvoir exécutif va se retrouver au pied du mur. Il aura gagné du temps en espérant que ce grand mouvement se sera essoufflé, mais il va devoir prendre des décisions à l'opposé de sa politique néo-libérale ; il devra aussi mettre en place ces "référenda d'initiative citoyenne" qui lui font horreur car ils vont à l'encontre de son désir autocratique.

Certes Macron aura tout essayé pour contrer ces "sans dents" qui ont malgré tout appris à mordre, y compris la convocation à l'Elysée d'un troupeau servile d'intellectuels patentés, qui ont posé des questions dont ils connaissaient par avance les non réponses. Tout cela à l'instar de Thiers, en 1871, mandaté pour faire la paix avec l'ennemi*, qui devait aussi désamorcer la révolte de la population parisienne, donc faire face aux "gilets bleus" de la Garde nationale, que Jules Simon avait eu l'imprudence d'armer pour la défense de la capitale.

Ainsi sous la pression de la nouvelle Assemblée nationale (monarchiste), le prédécesseur de Macron s'était risqué dans une opération militaro-policière qui avait fait fiasco car la population avait fraternisé avec la soldatesque requise pour lui voler ses canons. Et il faudra un peu plus de deux mois aux classes dominantes pour assurer la restauration de l'ordre bourgeois !

Les nantis s'en souviennent ainsi que ces élites, allergiques à tout le sort commun : le "suprême argument" de la bourgeoisie, n'est autre que celui de la monarchie**, la force. D'où la constitution d'une cohorte de prétoriens et de mercenaires, afin de protéger "les honnêtes gens" qui sont aussi des "gens de biens".

Aujourd'hui ce sempiternel logiciel de la trouille devient le grand bouclier du macronisme et des macronards. Et pour le rendre plus efficace, le pouvoir a décidé de lui adjoindre, en renfort, les détachements "Sentinelle" de l'Armée française. 

Les grenades lacrymogènes et les pistolets-mitrailleurs.

La patrie serait-elle en danger ?

*moyennant la cession de l'Alsace et de la plus grande partie de la Lorraine + le paiement d'une indemnité de 5 milliards de francs or (sur laquelle Thiers prendra sa commission !)

** ultima ratio regum cette formule de Richelieu que Louis XIV avait fait graver sur le bronze de ses canons

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