Le dernier rendez-vous de juillet de Françoise Arnoul...

Désolé de déroger à cette règle de la rareté blogueuse inhérente à la nouvelle charte du Club, mais il m'était impossible de ne pas évoquer le souvenir de celle qui a marqué les rêves de bon nombre de jeunes hommes de ma génération, immortalisée par Jean Renoir et Marcel Carné, la pulpeuse et intelligente Françoise Arnoul.

Nous nous étions rencontrés en 1949 au caveau de la Huchette au Quartier latin, où Jacques Becker tournait son film "Rendez-vous de juillet". Lycéen à Henri IV, je m'étais inscrit pour la figuration : c'est ainsi que je me suis retrouvé partenaire de danse d'une jeune fille splendide, comédienne débutante.

Allumeuse au regard un peu pervers et plus que bien proportionnée, elle devait faire une carrière époustouflante dans les années cinquante et soixante, succédant ainsi à Martine Carol l'idole  incarnant "Caroline chérie" mais elle fut vite dépassée sur les écrans par une bombe érotique nommée Brigitte Bardot.

Elle avait pourtant des atouts majeurs pour faire face à cette concurrente impitoyable : une simplicité naturelle, une prestance sentimentale réelle et une grande intelligence de jeu dramatique.

C'est pourquoi elle a pu séduire Jean Renoir qui lui a confié le rôle de la blanchisseuse Nini dans son film "French Cancan" dont elle est l'un des fleurons.

C'est pourquoi elle a retenu l'attention de bon nombre de réalisateurs de cette époque, et même celle de Vadim*, qui ne put la métamorphoser en objet érotique comme il l'avait fait avec Brigitte Bardot ; il n'avait pas compris qu'il avait affaire à une personne humaine et non pas à une femme-objet sortie des pages d'un magazine du second rayon...

Je l'avais retrouvée au début des années soixante, grâce à mon ami Pierre Kast qui venait de tourner "La morte saison des amours".

Mais Françoise Arnoul a trouvé son véritable chemin le jour où elle a rencontré Bernard Paul, cinéaste engagé dans les luttes sociales et militant cégétiste, courageux et obstiné. Cette fille de la bourgeoisie est devenue communiste.

Ils ont produit et réalisé ensemble  "Le temps de vivre"** avec Marina Vlady, qui est un chef d'oeuvre du cinéma politique ; consciente du désastre de la gauche, elle a pu nous quitter sans regret un 20 juillet.

Chère Françoise, je n'oublierai jamais la petite danseuse de la Huchette.

* "Sait-on jamais"

** 1969

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