Les réseaux de la colère (suite)

La référence à John Steinbeck pour le titre de ce billet n'étant pas un simple jeu d'écriture, il me faut venir le compléter et l'affiner compte-tenu de son impact chez de nombreux abonnés de Mediapart, qui ont pris conscience de l'enjeu politique et moral du sujet en question...

...en effet, si on considère que "la France périphérique"* de Christophe Guilluy ou celle des "Lisières"** d'Olivier Adam nous proposent une image à peu près conforme de la réalité du mal-être de la société française - toutes classes sociales confondues - il est nécessaire de ne plus se voiler la face et il devient urgent de penser et d'agir autrement !

Tout d'abord, je vais citer un paramètre essentiel qui semble avoir échappé à tous les observateurs et même aux historiens du présent, une donnée inéluctable et impérative qui conditionne tout le reste : la démographie.

Malgré les saignées des guerres du XXe siècle, la progression démographique du monde est l'un des événements majeurs du XXIe siècle. Cette poussée du Nombre bouscule et broie tous les systèmes de gouvernance collective ainsi que les rapports entre les êtres humains qui sont déjà obérés par la pieuvre capitaliste.

C'est pourquoi il nous faut revoir toute la phénoménologie politique et sociale qui nous a imprégnés depuis plus d'un siècle afin d'imaginer de nouvelles idées ou des solutions originales qui, profitant d'un progrès scientifique et technologique apparemment exponentiel, seraient en mesure de répondre aux défis financiers, économiques et écologiques d'un avenir que l'on pressent terrifiant...

Alors, pour tenter de faire ce choix prospectif et salutaire, pourquoi fouiller le passé ?

Parce que l'anthropologie nous a appris que le génie humain est doté de ressources incroyables et universelles ; que son imagination créative peut être sans limites lorsqu'on se réfère aux philosophes de l'antiquité ou bien aux sublimes travaux des encyclopédistes ainsi qu'à l'insolence politique et sociale des trouvailles chez les penseurs révolutionnaires et iconoclastes du XIXe siècle.

En recherchant des concepts purs et neufs, épargnés par le tropisme individualiste et le capitalisme qui a généré l'appétit du profit et l'égoïsme de classe, on retrouve les bulles de l'utopie qui sont là, dispersées et brillantes, comme les perles d'un magnifique collier...

Mais les bijoux n'existent pas s'ils restent enfermés dans des coffres : il faut les sortir et les exhiber afin qu'on puisse les admirer !

En observant quelques unes des bulles d'utopie de la Commune de Paris, j'ai voulu écrivant "Les 72 Immortelles" ouvrir les fenêtres de "la vieille maison" de la gauche empuantie par la paperasse et les crottes de rats. Et j'ai, sans doute avec une certaine témérité, entrepris de faire le ménage en procédant à une déstalinisation mémorielle du temps des cerises afin d'en restituer la nature véritable et le juste message.

C'est donc cet air frais que je vous propose de respirer.

* & ** éditions Flammarion

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