Un remake de l'an Quarante ?

Quatre-vingt ans après "l'étrange défaite", nous nous retrouvons soudain prisonniers dans nos gîtes afin d'échapper si possible à un implacable ennemi invisible semblable à cette "cinquième colonne" qui nous menaçait du pire en 1940...

...et nous flottons, désemparés, dans la trouble atmosphère anxiogène que nourrissent et entretiennent inlassablement les radios et les télés, comme si elles souhaitaient déclencher une panique générale !

Ce retour incroyable à l'an Quarante a d'ailleurs été amorcé et validé par les deux interventions du Président de la République, allocutions dont le caractère pétainiste ne m'a pas échappé : hormis le chevrotement du Maréchal, les phrases et les mots étaient identiques, le "quel qu'en soit le prix" faisant écho à "je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal" ou "je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur"...

Et le résultat ne s'est pas fait attendre puisque Macron a bondi de 13 points de popularité alors que les Français plébiscitaient Pétain après la signature de l'armistice. Ce qui tendrait à établir qu'un "lâche soulagement" succède toujours à un phénomène de "grande peur" qui anesthésie ou stérilise toute analyse critique voire toute réaction de bon sens.

Mais le parallèle du néo-pétainisme qui caractérise le pouvoir actuel ne s'arrête pas là puisque Jupiter a l'intention de profiter de la situation exceptionnelle créée par cette pandémie pour rogner et même supprimer tous les acquis sociaux, à l'instar de ce qu'avait décrété "le Chef de l'Etat français" auquel une assemblée indigne avait voté les pleins pouvoirs au Casino de Vichy, le 10 juillet 1940.

Si l'ennemi qui veut nous exterminer aujourd'hui est bien plus redoutable que la Wehrmacht, il n'en est pas moins l'occasion rêvée (une "divine surprise") pour les classes dominantes aux abois qui risquent d'être débordées par les revendications sociales ou par leur choix du productivisme face aux problèmes majeurs du changement climatique et du pillage de la planète.

Alors, n'hésitons pas à chanter en choeur :

"Président nous voilà", etc (air connu)

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