Le testament d'Elisée Reclus

D'un géographe l'autre, de Christophe Guilluy ("la France périphérique") au communeux Elisée Reclus qui, avec son ami Kropotkine, nous envoient un message tonique de l'au-delà au moment où la république bourgeoise macronarde fait appel à l'armée pour venir contrer les "salopards de gilets jaunes" s'obstinant à empêcher les classes dominantes de jouir de ses avantages et de compter ses profits...

"Nous sommes révolutionnaires parce que nous voulons la justice et que partout nous voyons l'injustice régner autour de nous. C'est en sens inverse du travail que sont distribués les produits du travail. L'oisif a tous les droits, même celui d'affamer son semblable, tandis que le travailleur n'a pas toujours le droit de mourir de faim en silence : on l'emprisonne quand il est coupable de grève.

Des gens qui s'appellent prêtres essayent de faire croire au miracle pour que les intelligences leur soient asservies ; des gens appelés rois se disent issus d'un maître universel pour être maître à leur tour ; des gens armés par eux taillent, sabrent et fusillent à leur aise ; des personnes en robe noire qui se disent la justice par excellence condamnent le pauvre, absolvent le riche, vendent souvent des condamnations et acquittements ; des marchands distribuent du poison au lieu de nourriture, ils tuent en détail au lieu de tuer en gros et deviennent ainsi des capitalistes honorés.

Le sac d'écus, voilà le maître, et celui qui le possède tient en son pouvoir la destinée des autres hommes. Tout cela nous paraît infâme et nous voulons le changer...

Mais la justice n'est qu'un mot, une convention pure, nous dit-on ! Ce qui existe, c'est le droit de la force !...De deux choses l'une : ou bien la justice est l'idéal humain et, dans ce cas, nous la revendiquons pour tous ; ou bien la force seule gouverne les sociétés et, dans ce cas, nous userons de la force contre nos ennemis. Ou la liberté des égaux ou la loi du talion...

Nous n'avons point à tracer d'avance le tableau de la Société future : c'est à l'action spontanée de tous les hommes libres qu'il appartient de la créer et de lui donner sa forme, d'ailleurs incessamment changeante comme tous les phénomènes de la vie. Mais ce que nous savons, c'est que toute injustice, tout crime de lèse-majesté humaine, nous nous trouverons toujours debout pour les combattre. Tant que l'iniquité durera, nous anarchistes-communistes internationaux, nous resterons en état de révolution permanente !"

Ce texte a été lu en février 1905 par un ami d'Elisée Reclus et en sa présence car il était à bout de force ; il mourra dans la nuit du 4 juillet 1905.

"Une nouvelle vie lui est promise, écrit son biographe Jean-Didier Vincent* : une immortalité qui se manifeste dans le coeur des autres."

* "Elisée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste" (Flammarion, collection Champs) 11€

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