Les Justes : Camus/Abd Al Malik

La télévision du service public nous a offert hier soir, sur le canal 19 de la TNT, un véritable chef d'oeuvre : une captation de la pièce d'Albert Camus "Les Justes", adaptée et mise en scène par le rappeur Abd Al Malik...

...l'auteur-compositeur de "Gibraltar" a non seulement rigoureusement respecté le texte de Camus mais il a eu aussi l'intelligence de lui adjoindre un contrepoint au présent afin de restituer à l'oeuvre sa virulence révolutionnaire. Et le tout est enrobé et scandé par des slams qui scintillent sur des vaguelettes musicales...

Admirablement interprétée par une troupe cosmopolite de comédiens de toutes origines dont la vitalité exubérante explose littéralement, cette pièce emblématique de l'oeuvre d'Albert Camus nous propose de suivre un groupe de jeunes anarchistes qui a pris la décision d'exécuter un "grand Duc", c'est à dire la figure de proue d'un pouvoir autocrate exécré...

Que ce soient Marc Zynga, Sabrina Ouazini, Frédéric Chau ou Clotilde Courau...ils habitent tous leur personnage et sont ainsi les porte-paroles de la pensée libertaire et humaniste d'Albert Camus dont la résonance actuelle est salutaire et bienvenue.

Car si les motivations de ces jeunes révoltés se fonde sur les intolérables injustices et turpitudes d'un monde dominé par les castes de nantis, ils n'en demeurent pas moins des êtres humains vulnérables dans leur affectivité ainsi que dans cette quête désespérée d'une hypothétique fraternité qui est officiellement proclamée mais qui est en réalité sinistrement bafouée !

"Il faut faire respecter l'ordre des choses !" clame inlassablement celui qui est en charge de la sécurité publique...

Oui, mais de quel ordre s'agit-il ? Serais-ce celui que citait Saint-Just pour s'opposer au discours de Couthon ?

En apportant une réponse globale à cette question fondamentale, "Les Justes" constitue une méditation sur l'anarchie, cette doxa propre aux révoltés que les gauches institutionnelles rejettent avec mépris et combattent parfois avec violence car ils sont dans l'incapacité d'imaginer un univers sans oukases ni contraintes, un monde où "la liberté s'éveille enfin au souffle de la vie".

En ayant parfaitement compris ce message, Abd Al Malik vient de rejoindre les grands passeurs universels de l'émancipation humaine.

Il est digne d'appartenir au cénacle des Communeux.

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