Inconscience ou indécence ?

On est surpris voire estomaqué d'entendre un ancien Président de la République (pourtant élu à gauche !) avouer sa crainte de ne plus voir d'élu socialiste français au prochain parlement européen...alors qu'il est l'un des principaux responsables de cette déroute !

Car lorsqu'il est élu (contre Sarkozy) en 2012, il a en mains tous les leviers de l'Etattous les pouvoirs que lui accorde la Constitution de la Ve République : une majorité à l'Assemblée nationale ainsi qu'au Sénat, et toutes les régions françaises hormis l'Alsace.

Il aurait pu, conformément à ses déclarations solennelles ( cf. "Mon ennemi, c'est la finance !") infléchir la ligne politique de la république bourgeoise vers une démocratie du bien public, vers un régime de justice sociale. Avec la ferme volonté de convaincre nos partenaires européens qu'il était désormais nécessaire que l'Union se préoccupât davantage du bien-être des peuples plutôt que de satisfaire les oligarchies économiques et financières. La France aurait pu ainsi renouer avec sa vocation humaniste de l'an II.

Mais ce Président, soi disant "socialiste", s'est immédiatement engagé dans la collaboration de classe et dans la recherche d'un arrangement avec un capitalisme bête et méchant. Résultat : non seulement il a fait la démonstration de son impuissance face au problème du chômage, mais aussi et surtout il a détruit l'aura réformiste de la social-démocratie que la "vieille maison" avait su faire briller en 1936 sous le Front populaire, et en 1945 lors des relevailles de notre pays, après le sinistre épisode de Vichy.

Résultat : la gauche dite "de gouvernement" et ses alliés naturels (PCF, MRG, etc) ont perdu la confiance des classes populaires et se sont ipso facto condamnés à ne devenir que des supplétifs du néolibéralisme. Or la bourgeoisie préférera toujours une gestion de droite carrée à une gestion de gauche molle, même si cette dernière n'hésite pas à trahir les intérêts de ses électeurs.

En tout état de cause, la politique ne se résume pas à l'observation maniaque des règles de la comptabilité !

C'est ainsi que "le captain de pédalo" a fait le job, tout en restant debout avec dignité face aux brûlures du terrorisme islamiste, mais perdant progressivement toute popularité et accouchant - au terme d'un quinquennant calamiteux - d'un Brutus technocrate, parfait apprenti autocrate.

Le bilan est consternant : le système de protection sociale est gravement endommagé, la pauvreté et la précarité augmentent, l'Etat est devenu policier et menace toutes les libertés, bref la république monarchique se met à ressembler à sa matrice, celle que présida Adolphe Thiers à Versailles.

Mais Gare à la canaille des ronds points, Gare aux sans-dents !

l'histoire leur a appris à mordre

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