Paris, j'écris ton nom liberté !

Ce titre, qui rend hommage à Paul Eluard, est celui d'un grand film documentaire historique réalisé en 1984 pour la commémoration du 40e anniversaire de la Libération de Paris : il est non seulement un montage d'archives cinématographiques le plus souvent inédites mais aussi et surtout un florilège exceptionnel de témoignages des principaux acteurs de ces événements...

...et j'ai eu le privilège de bénéficier des recherches historiques de Frédérique Grou-Radenez* et de la co-réalisation technique de Gilles Nadeau** et de Théo Robichet*** pour mener à bien cette opération mémorielle.

Une évocation du passé basée sur l'analyse des faits et de leur enchaînement avec la présence physique de témoins essentiels : Tollet, Rol-Tanguy, Léo Hamon, Pisani, Debu-Bridel, Dercourt, Madeleine Riffaud, Chaban-Delmas, etc...ainsi que les policiers résistants, les FFI et FTP qui ont participé aux divers engagements contre l'occupant...sans oublier les premiers soldats de la 2e DB ayant atteint l'Hôtel-de-ville, qui étaient des anarchistes espagnols.

La diffusion en prime time de ce téléfilm sur la chaîne publique Antenne 2 détermina à l'époque un véritable scandale, alimenté par le Figaro dont l'édito stigmatisait une "opération de propagande communiste" !...

Mais la Haute Autorité de l'audiovisuel, présidée par Michèle Cotta, intervint pour calmer une polémique qui n'avait pas lieu d'être et décerna même au film son prix annuel. 

Mais nous étions en 1984 et l'étau du conservatisme bourgeois s'était un peu desserré ; hélas, depuis lors la falsification mémorielle a laissé place à une grande hypocrisie qui excluant toute analyse, "raconte" l'histoire ravalée au niveau du spectacle.

Le passé ? Circulez, il n'y a rien à apprendre ni à retenir...surtout à un moment où tous les acquis du Conseil National de la Résistance sont bafoués ou volent en éclats  !

Le 75e anniversaire de "Paris libéré par lui-même" aurait du être l'occasion d'un véritable et juste exposé de la réalité historique avec une rediffusion de ce film "Paris, j'écris ton nom liberté" que Robert Doisneau considérait comme un "joyau de vérité"...

Mais pour la bien-pensance bourgeoise, la vérité est toujours intolérable.

* fille de l'un des imprimeurs de la presse clandestine

** fils de Maurice Nadeau et réalisateur

*** prix Jean Vigo pour "Septembre chilien"

NB/ ce film avait déjà fait l'objet d'un billet, posté il y a six ans.

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