Balkany, un incroyable oxymore

Il n'est évidemment pas question de gloser sur une affaire judiciaire qui est toujours en cours mais seulement, de commenter une situation qui me semble éclairante à bien des égards compte tenu de tout ce que j'ai écrit sur les perspectives dessinées par le communalisme.

J'ai de la famille (ma soeur et mon beau-frère) qui habite depuis longtemps à Levallois-Perret et je suis informé de tout ce que la municipalité de cette ville proche de Paris a fait et réalisé au bénéfice de ses ressortissants, les bourgeois comme les plus modestes : voirie, propreté, sécurité, écoles, lieux sportifs, crèches, cadeaux à l'occasion des fêtes de fin d'année, etc...

La Mairie, que dirige le couple Balkany présente donc un bilan favorable (en tout cas reçu comme tel par la population) malgré un endettement important dénoncé par une opposition municipale fortement minoritaire.

Par ailleurs, le Maire Patrick Balkany jouit d'une popularité exceptionnelle qu'il entretient avec trivialité, coups de gueule et cette gouaille qui fut jadis l'apanage des chansonniers. Tant et si bien qu'on vote et revote pour lui, dans une convivialité électorale totalement surfaite.

Mais patatras ! Voilà le héros levalloisien épinglé par la Justice et puis jeté en prison !

Néanmoins la population continue à le soutenir, on organise des manifs pour le défendre, on est prêt à revoter pour lui lors de la prochaine échéance.

"Patrick, on t'aime !" proclame une banderole dressée devant la Mairie. Et en même temps, son avocat, l'inénarrable Dupont-Moretti vient glapir aux micros des radios et des télés, sa dénonciation de l'acharnement des juges contre son pauvre client malade, qui a bien reconnu qu'il avait fraudé le fisc mais qui a été blanchi pour des faits de corruption dont il était injustement accusé...

Naturellement, personne ne peut se réjouir de voir son semblable privé de liberté, mais l'équilibre de la société reposant sur l'échafaudage des lois, on est bien obligé d'en accepter les contraintes et les sanctions. Encore faut-il qu'elles soient justifiées par un forfait contre le bien public.

Cette incroyable affaire du Maire-bien-aimé-qui-se-retrouve-en-taule (et qui sera peut-être réélu triomphalement au printemps prochain) est exemplaire car cet oxymore nous indique avec évidence et clarté que l'action politique doit être avant tout une action de proximité.

Ce qui signifie que l'humain doit être la priorité de l'action politique et non le programme de casse d'une technocratie "en marche" pilotée par des "élites".

Les communes étant les cellules de base de la nation, elles constituent les espaces primaires de la démocratie : tout changement dépend de ce qui sortira de leurs débats. Elles émettent des messages citoyens qu'elles estiment utiles pour la conception d'une gouvernance collective à l'échelle d'un pays. Elles sont le système veineux de la France.

Le communalisme est donc sans doute la voie qu'il faut prendre pour la réalisation d'une insurrection citoyenne pacifique

Pour en finir, peut-on dire que la commune de Levallois est en train de défier aujourd'hui la Justice d'Etat ? Non, elle ne fait que rappeler son attachement affectif à un édile condamné dont elle est la victime inconsciente induite par son clientélisme forcené...

Mais n'oublions pas que Levallois-Perret, jadis tanière des taxis parisiens, est aussi le lieu de sépulture de Louise Michel, l'icône communeuse.

 

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