ras-le-bol ?

"Une situation pré-révolutionnaire éclate lorsque ceux d'en haut ne peuvent plus, ceux d'en bas n'en veulent plus et que ceux du milieu basculent avec ceux d'en bas" a écrit en 1920 un expert qui s'appelait Lénine. Quelle attitude aurait-il cent ans après face à cet imbroglio épouvantable qui obstrue notre horizon ?

Le philosophe Claude Lefort, qui est probablement l'un de ceux ayant bien compris l'originalité du souffle libertaire de Mai 68, lui a répondu ceci quelques années après :

"Si dans l'avenir des luttes révolutionnaires se développent, ce sera par l'initiative d'agitateurs improvisés, indifférents aux consignes des syndicats, même s'ils sont syndiqués, en marge des partis politiques, petits et grands - capables de saisir une occasion, d'exploiter dans le secteur où ils se trouvent la révolte que suscite l'oppression bureaucratique et de faire la démonstration pratique que la même révolte travaille les autres secteurs de la société."

Aujourd'hui où on peut reconnaître que le mouvement des Gilets Jaunes a été la principale contestation du quinquennat, où la calamiteuse gestion gouvernementale de la pandémie est en train de hérisser toute une partie de la population, l'absurde dénonciation de l'islamo-gauchisme par Frédérique Vidal risquant de braquer le milieu universitaire, nous vivons dans une atmosphère inflammable, à la merci d'une étincelle...

On retrouve partout un désir de démocratie participative et aussi un rêve d'autogestion, partout où l'autorité est contestée, partout où règne un despotisme bureaucratique et la féodalité de classe !

Porter un coup à l'université est plus qu'une maladresse. C'est une faute politique...car "n'est-ce pas parce que l'Université est le lieu privilégié de la production et de la reproduction des structures mentales dominantes qu'elle ne peut entrer en révolution sans que vacille partout ailleurs l'ordonnance des rôles, des attitudes et des représentations ?"*

La libération de la parole dominée, humiliée et violée a déjà conquis l'espace médiatique.

Maintenant il faut rompre le silence social.

Parler politique.

*Lefort

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.