Une nouvelle forêt de Macbeth ?

Alors que 15 285 193 Françaises et Français, soit 33,28% du corps électoral, ont bien voulu participer au vote régional et départemental afin de nommer des mandataires aux pouvoirs médiocres, il me semble opportun de nous interroger sur les souhaits, les désirs et les volontés de la multitude de tous les autres ...

...qui, à l'instar des combattants anglais progressant vers le château où s'est réfugié le Général Macbeth qui veut être roi, ils s'avancent imperceptiblement sous couvert des branchages de la forêt de Birnam afin de pouvoir donner l'assaut au voleur du pouvoir : cette tragédie écossaise de Shakespeare a été au début du XVIIe siècle, une oeuvre prémonitoire dans le domaine de la prospective politique.

En tout cas, cette métaphore a inspiré mon ami Raoul Vaneigem, qui m'a fait parvenir ce texte que je recopie :

"La multitude des anonymes qui portent en eux la révolte est considérable. Mais elle n'aura que la valeur d'un chiffre tant qu'elle ne rayonnera  pas de cette force qu'est la conscience humaine, la conscience que chacune et chacun prend de son humanité, la conscience d'être à la fois une poignée et des millions à vouloir vivre dans un monde où plus jamais nous ne serons traités comme des objets.

L'Etat n'est plus qu'un rouage de la machine mondiale qui tire profit de la destruction de la vie. En ce sens, il est fini mais ce qui lui succède est pire. Or, nous ne voulons pas que la liquidation des instances étatiques marque le triomphe d'une réification à laquelle n'ont jamais atteint les pires despotismes. Désormais , ce n'est plus la fin de l'Etat que nous revendiquons au nom de la liberté opprimée, c'est son dépassement - sa conservation et sa négation. Cette res publica, ce bien public que nous avions acquis de haute lutte, il l'a vendue aux intérêts privés. Que reste-t-il de l'éducation, des transports, du secteur sanitaire, du logement, de l'aide aux plus faibles ? N'est-ce pas à des micros sociétés fédérées et en voie d'humanisation qu'il appartient de restaurer et de développer le bien-être auquel chacun a droit dès sa naissance ?

Enfin, il n'est pas superflu de le rappeler : le capitalisme n'est qu'une forme relativement récente de la vieille et permanente exploitation de la nature terrestre et de la nature humaine. "L'homme est la nature prenant conscience d'elle-même" disait Elisée Reclus. Le système marchand brise le fragile équilibre que seule rétablira une nouvelle alliance avec la nature. c'est ce qui donne son véritable sens à nos luttes.

La liberté c'est la vie, vivre c'est être libre. Ce qui garantit l'authenticité du propos et lui évite de tourner à la formule creuse, c'est l'expérience vécue de micro-sociétés où le gouvernement du peuple est exercé directement par lui-même.

Amis et amies zapatistes, amies et amis gilets jaunes, je n'ai rien énoncé que vous ne sachiez déjà. Ce que vous nous faites savoir en revanche, c'est que sans l'audace et sans l'obstination que confère le simple attrait de la vie, rien ne changera.

Soyez-en remerciés !"

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