L'empoisonnement

Dans une longue interview qu'il a donnée au journal "Le Soir" de Bruxelles, Raoul Vaneigem exprime son point de vue sur la crise sanitaire et aussi sur le bouleversement des écosystèmes...

..."J'ai évoqué dans L'insurrection de la vie quotidienne la possibilité d'une autodéfense sanitaire. Une relation de confiance entre soignés et soignants disposant de moyens techniques révoquerait cette peur qui tue plus que le virus.

Cette panique, aujourd'hui propagée selon les méthodes de Goebbels, permet à l'Etat d'enrichir Big pharma et ses actionnaires aux dépens de la santé, de l'éducation, du bien public (notre res publica).

L'humanité est en train de mourir pour que survive une économie où l'argent fou tourne en rond en creusant sa propre tombe."

Et le philosophe aborde ensuite ce que dissimule l'omniprésence du virus : la menace d'un bouleversement écologique...

"Comment voulez-vous que se préoccupent du climat les Etats et les multinationales pour lesquels la vie n'est rien en regard du profit immédiat ? La passivité hargneuse des résignés est pire que la tyrannie des maîtres. On a vu ce qu'ont donné Nuit Debout , les Indignés en Espagne ou les mouvements anti-austérité.

Il n'y a pas d'autre solution qu'un retour à la base. Les conditions d'existence, la dévastation économique et bureaucratique, l'empoisonnement des aliments, la déshumanisation dont souffrent les peuples sont devenus les moteurs d'une insurrection généralisée (même si elle est intermittente). La vraie démocratie viendra d'initiatives locales se fédérant planétairement. Je renvoie le lecteur à mon analyse des ZAD développée dans Contribution à l'émergence de territoires libérés de l'emprise étatique et marchande. Nous avons toujours été induits à raisonner selon une logique de macro-société. Pour la réification marchande, le sujet n'existe pas. Le nombre est un objet mort.

Aujourd'hui, la subjectivité s'ébroue. L'important, c'est ce que j'ai envie de vivre et le combat que je mène quotidiennement contre ce qui m'en empêche. Ce n'est pas le nombre de protestataires qui fait leur forcec'est l'intelligence sensible qui progresse chez les individus et les solidarise, leur évitant l'abrutissement populiste, l'individualisme qui crétinise et cherche un bouc émissaire pour assouvir ses frustrations."

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