La fraternité jaune

Même si le mot "fraternité" a été galvaudé à des fins électoralistes ou pour tenter de préserver un semblant de moralité publique, il n'en est pas moins aujourd'hui le levain de la révolte sociale de la "France périphérique" contre la gentrification politique. Il est la levure d'une force anonyme et inorganisée qui fait trembler les classes possédantes et leurs commis.

Ce n'est pas fortuitement qu'il a été le mot-clé de la révolution pacifique du 18 mars 1871 qui a induit la Commune de Paris, comme je le rappelle dans mes deux livres sur "Les 72 Immortelles", mais parce que la grande vague des Lumières - dont est sortie la Révolution française de 1789 - avait pu laïciser ce concept qui baignait dans le religieux et en particulier dans le christianisme.

Après avoir goûté à la liberté ( avec les "trois glorieuses" en 1830), après s'être battu pour un peu d'égalité (1848 et la 2e République), le peuple a investi le troisième côté du triangle de l'émancipation civique avec la fraternité des Communeux (1871).

Il en a été durement châtié par la bourgeoisie, qui n'a pas hésité le faire massacrer et qui a construit, sur les cadavres et les ruines de la Commune, une république conservatrice  censée être représentative de la population toute entière...

Aujourd'hui où "la France d'en haut" a réussi à trouver un nouveau visage pour sa gouvernance de droite, elle a le champ libre pour toutes les réformes anti-sociales qu'elle a l'intention de faire voter et de mettre en oeuvre, dans la mesure où elle a les mains libres, sans opposition parlementaire ni syndicats puissants, et la complicité assurée ou tacite des grands médias qui font l'opinion publique.

Néanmoins, un môle de résistance subsiste, avec le pouvoir judiciaire mais son indépendance est systématiquement rongée et entamée par l'omnipotence de l'exécutif et son désir fou d'autocratie.

Donc il reste la rue et la fronde des ronds points pour que naisse la fraternité entre les laissés pour compte alors que se développe entre eux la haine de Macron et de ses "marcheurs". 

"Les gilets jaunes...combien de divisions ?" glapit la grande presse dans l'ombre portée du premier flic Castaner qui mobilise chaque samedi le ban et l'arrière ban de toutes les "forces du maintien de l'ordre" dont il dispose...

Il ne se rend pas compte qu'on a changé d'algorithme et que cette fraternité nouvelle qui vient d'éclore ne peut être éliminée par les matraques, les gaz lacrymogènes ou les flash-balls. Il se pourrait bien même, que cette force devienne invincible...

En Mai 1871, Adolphe Thiers avait envoyé une armée de 130 000 mercenaires pour venir à bout de 25 000 fédérés et ils avaient mis une semaine pour écraser l'insurrection et rétablir l'ordre bourgeois !

148 ans après le génocide, l'esprit communeux est toujours vivant.

NB / je recommande vivement la lecture du billet de Manuel Coito, intitulé "l'amour des gilets jaunes"

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