Sous le pont Mirabeau coule...le sang du peuple !

Tandis que les grosses pièces de canons de marine installées par Thiers sur le mont Valérien pilonnent Paris de leurs bombes au pétrole, la soldatesque versaillaise, ivre de rage et de fureur, tire à vue sur tout ce qui bouge dans les rues et massacre à qui mieux mieux : la ville va devenir "une grande blouse inondée de sang" où l'on tue...

...dans l'enceinte des casernes, les préaux d'écoles, à la tour Saint-Jacques et aux jardins du Luxembourg, rive gauche comme rive droite, avec des cours martiales improvisées qui précèdent les pelotons d'exécution.

Ces derniers jours du joli Mai 1871, Paris est devenu un vaste abattoir humain : la Seine est rouge !

N'en déplaise à l'historien Robert Tombs et à son scepticisme anglo-saxon qui l'a conduit à minimiser le nombre des victimes de la Semaine sanglante, l'hécatombe communeuse est une terrifiante réalité historique, que la falsification des statistiques ne saurait dissimuler...

Il est effectivement difficile voire impossible de vérifier aujourd'hui la comptabilité des morts sur les 900 barricades, des guérilleros tués au combat ou des fusillades en série à l'issue des simulacres de jugement ; une multitude de témoignages fait apparaître la très vive intensité de la répression et la multiplicité des exactions.

Sans vouloir à tout prix gonfler les chiffres, j'estime que l'on pourrait admettre que le nombre des victimes se situerait entre 17 000 et 25 000 gardes nationaux et civils pour ce qui concerne l'assaut versaillais du 21 au 28 Mai 1871. Mais cela n'implique pas les blessés, les prisonniers, les arrestations arbitraires ou les départs pour l'exil de dizaines de milliers de personnes.

Dans "La France en chiffres" * page 542, on peut lire ceci : "Fin 1871, il manquerait dans Paris environ 100 000 ouvriers en fuite, morts ou captifs. Parmi eux des ouvriers cordonniers (12 000 sur 24 000), le tiers des ouvriers tailleurs ou ébénistes, presque tous les plombiers, couvreurs et zingueurs. En 1872, malgré le retour de nombreux habitants notamment bourgeois, Paris ne compte plus que 1 818 710 habitants soit une différence d'environ 180 000 personnes par rapport au début de 1870. La répression de la Commune a causé plus de morts à Paris que la Grande Révolution entière."

En tout cas l'affrontement fratricide a montré le courage héroïque des Fédérés, qui se sont battus un contre dix et ont préféré mourir les armes à la main plutôt que de se résigner : ce 27 Mai 1871 (octidi 8 Prairial An 79), cette 71e Immortelle, restera à jamais gravée dans la culture mémorielle nationale avec la tragédie du Père Lachaise où on s'est égorgé entre les tombes !

Le Mur des Fédérés n'est-il pas à jamais l'arc de triomphe de l'espérance humaine ?

Car le "bateau ivre" communeux s'est enfin accosté au quai des "illuminations".

Il faut ranimer cette flamme !

* sous la direction d'Olivier Wieviorka

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.